Décès de Monsieur Henri Mosson (1924-2025)
Ancien déporté du camp de concentration de Natzweiler, matricule 6290
C’est avec une profonde tristesse que l’Office national des combattants et des victimes de guerre ainsi que le Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof ont appris le décès de Monsieur Henri Mosson, l’un des derniers survivants du camp de Natzweiler. Il s’est éteint à Dijon dans la nuit du 29 au 30 décembre 2025, à quelques jours de son 102ᵉ anniversaire. Une cérémonie d’hommage aura lieu en l’église Notre-Dame de Dijon, le jeudi 8 janvier 2026 à 14h30.
Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Nous tenons également à exprimer notre profonde reconnaissance pour son engagement constant en faveur de la transmission de la mémoire, notamment auprès des jeunes générations. Depuis l’annonce de son décès, de nombreux hommages lui sont rendus dans toute la France, dont celui du président de la République.
Henri Mosson est né le 5 janvier 1924 à Boux-sous-Salmaise, dans la vallée de l’Oze en Côte-d’Or, au sein d’une famille d’agriculteurs et de forestiers. Il travaille très jeune dans l’exploitation familiale. En 1942, il entre en Résistance en participant à des sabotages de wagons de la SNCF, avant d’intégrer un réseau chargé de récupérer des armes abandonnées par l’armée française lors de la débâcle de 1940.
Dénoncé, il est arrêté le 8 mai 1943, torturé par la Gestapo, puis jugé à Dijon avec huit de ses camarades. Condamné à mort pour détention d’armes, il est transféré à Paris, à la prison du Cherche-Midi, puis au fort de Romainville. Il est finalement déporté au camp de concentration de Natzweilerle 25 novembre 1943, sous le statut Nacht und Nebel (NN), et immatriculé sous le numéro 6290.
Début mars 1944, il est envoyé au kommando de Kochem, récemment ouvert sur les rives de la Moselle. Les déportés NN n’étant pas censés quitter le camp principal, les SS constatent leur erreur et rapatrient Henri Mosson et ses camarades à Natzweiler au bout d’un mois. En seulement quatre semaines, 10 % de l’effectif du kommando a disparu.
Avant l’évacuation du camp principal, Henri Mosson est transféré à Erzingen, une autre annexe de Natzweiler située dans le Bade-Wurtemberg. Le 17 avril 1945, face à l’avancée des Alliés, le kommando est replié sur Dachau, où il reçoit le matricule 157414. Il y est libéré le 29 avril 1945, ne pesant plus que 38 kilos.
De retour à son domicile début juin 1945, il lui faudra plusieurs mois pour se rétablir avant de reprendre le travail. Après avoir réussi un concours, il intègre le ministère des Anciens combattants, où il mènera sa carrière jusqu’à sa retraite.
Passionné de sport automobile, Henri Mosson entame ensuite une seconde vie professionnelle. Il rejoint la Fédération française du sport automobile (FFSA) puis la Fédération internationale de l’automobile (FIA) en tant que commissaire technique. Pendant près de quinze ans, il parcourt le monde sur les circuits de Formule 1 et les rallyes du championnat du monde, côtoyant des pilotes de renom tels qu’Ayrton Senna ou Alain Prost.
À la suite d’un accident de la route, il s’éloigne du monde automobile et prend pleinement conscience du manque de connaissance des jeunes générations sur l’histoire des camps nazis. Il s’engage alors activement au sein du Comité de parrainage du Concours national de la Résistance et de la Déportation et multiplie les témoignages. Jusqu’à ses derniers mois, il poursuit son inlassable et indispensable travail de passeur d’Histoire et de Mémoire dans les collèges et lycées de Bourgogne.
En 2024, à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la découverte du camp de concentration de Natzweiler, Henri Mosson avait rencontré le président de la République Emmanuel Macron, avec qui il s’était entretenu dans un moment de grande émotion. En 2025, Henri Mosson publie son autobiographie, Ma déportation, un témoignage poignant et précieux, ultime trace écrite de son parcours et de son engagement.
Avec la disparition d’Henri Mosson, le Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof ne compte plus que trois survivants identifiés (deux en France et un en Slovénie), même si d’autres pourraient encore être en vie, notamment en Pologne ou dans certains pays de l’ex-Union soviétique.
Alors que disparaissent les derniers témoins directs, le rôle du Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof est plus que jamais essentiel pour transmettre l’histoire, préserver la mémoire et lutter contre l’oubli.
Crédits photos : Mine de Rien







