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Willem ROESSINGH, Hollandais, Résistant, Déporté

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Je suis né le 19 août 1912 à Ensche (Pays-Bas).
Le 10 mai 1940, les Allemands envahissent les Pays-Bas comme des voleurs. Ils inondent notre pays de leur perfide idéologie nazie. Pour moi, la lumière d'une société civilisée et démocratique s'éteindrait si l'idéologie nazie triomphait.
Le réseau de résistance "les Gueux", -auquel je me suis joins-, est mis sous les verrous à la fin de 1940.
J'ai 28 ans quand je suis interné : Einzelhaft (isolement cellulaire), début décembre 1940, dans une prison à la Haye (Pays-Bas), qu'on avait appelé "l'hôtel Orange" parce que les prisonniers étaient fidèles à la reine Wilhelmina d'Orange. Au début, les Allemands ont fusillé 18 résistants dont 15 des "Gueux".
Le 8 avril 1941, je suis transporté par train à Weimar en Allemagne et j'arrive à pied dans le camp de concentration de Buchenwald. On me donne le numéro 5 800 en me disant que tous ceux qui portaient ce numéro étaient décédés en moins de trois mois.
Néanmoins, les Nazis me transfèrent à Natzweiler, au Struthof, en Alsace début mars 1942. Là, je suis mis au travail dans le Steinbruck, la carrière du camp, et comme laborantin dans « l'hôpital ».

Quand les forces alliées entrent dans Paris en septembre 1944, les Nazis évacuent Natzweiler. La plupart de mes camarades sont déportés à Dachau. Avec quelques autres je suis déporté à Neckarelz, puis à Vaihingen/Enz (camps annexes de Natzweiler), de l'autre côté du Rhin.
Dans ce camp je suis libéré le 8 avril 1945 par l'armée française, commandée par le maréchal de Lattre de Tassigny.
Jusqu'à aujourd'hui, il est incompréhensible qu'un peuple comme les Allemands, avec une grande culture (Goethe - Weimar!- Bach etc...) ait accepté, sans aucune réflexion sérieuse et sans résistance, l'idéologie nazie et ait participé activement aux atrocités inhumaines et par conséquent ait soutenu un système d'état criminel.
Avec une satisfaction évidente ils ont humilié, tourmenté, torturé et tué tous ceux qui s'opposaient à leurs idées impures et aux exclusions selon leur idéologie bestiale.
Le souvenir ininterrompu de tous ceux qui n'ont pas survécu aux atrocités allemandes m'a empêché de me réconcilier avec les Allemands.
Mes enfants m'ont assuré que les Allemands d'aujourd'hui se montrent respectueux à l'égard des victimes et francs en ce qui concerne cette époque sale de leur histoire, sans nier aucun fait horrible comme les Japonais continuent à le faire.
La participation des Allemands dès le début de la Communauté Européenne donne en effet de l'espoir pour l'avenir. Ils ont prouvé être fidèles à l'esprit européen et aux lois de la Communauté.
Aujourd'hui les peuples de l'Europe semblent oublier que l'existence de cette Communauté n'est pas seulement une assurance contre un nouvel incendie européen et mondial, mais plus encore une condition fondamentale pour la poursuite d'une haute civilisation variée au service du bonheur de tous.
Dans cette civilisation il n'y a pas de place pour des idéologies et religions totalitaires. On s'approche avec respect et affection. Personne ne sera exclu de notre pouvoir d'aimer, avec un cœur aimant et un esprit ouvert.

Willem (Guillaume) ROESSINGH
Hollandais. Résistant. Déporté.

Note du CERD : Monsieur Roessingh, d’origine hollandaise, a tenu à livrer son témoignage en français.

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