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Paul BRUSSON, Belge, Résistant déporté

     

Je suis né à Ougrée en Belgique, le 29 avril 1921.Dès l'âge de 15 ans, suite à mon engagement politique, par la lecture de la presse, j'avais eu connaissance de ce qui s'était passé en Italie avec le fascisme, en Allemagne, avec l'arrivée au pouvoir des nazis et d'Hitler : de sa politique d'expansion, les mesures anti-juives, les arrestations d'opposants et de Juifs, la création des camps de concentration. J'ai d'ailleurs vécu dès le plus jeune âge avec une mauvaise image de l'Allemagne du fait de l'occupation très dure de la Belgique par son armée pendant la Première Guerre mondiale.
Pour moi, mais pas seulement moi, l'Allemagne représentait le danger d'une nouvelle guerre. De nombreux indices le prouvaient : la naïveté de Daladier et Chamberlain, l'occupation de la Ruhr, l'invasion de la Tchécoslovaquie, l'annexion de l'Autriche. Indices confirmés par l'invasion des pays de l'Ouest de l'Europe dont la Belgique et la France.
C'était la guerre voulue par Hitler, par d'autres certainement, mais cela est un autre problème.
1940, c'est l'exode, à la recherche de l'Armée belge que je dois rejoindre de même que les jeunes qui n'avaient pas encore accompli leur service militaire.
Le 28 mai, c'est la capitulation de l'Armée belge, suivie de celle de la France, le 22 juin.
J'avais connu mille morts dans le Nord de la France, en subissant des bombardements et la chasse des stukas pourchassant les réfugiés.
Après une tentative infructueuse d'embarquement à Calais, pour rejoindre l'Angleterre, je rentre chez moi le 31 mai, retrouvant mes parents déjà rentrés d'exode. Je suis sain et sauf.
Mais que de morts et de blessés, de ruines dans notre pays et en France. Que de prisonniers partis en Allemagne !

Quelle était ma vision des Allemands pendant la guerre ?
Au début, ils étaient gentils et aimables. Ils aidaient les personnes âgées à traverser la rue et on les côtoyait sans crainte dans la rue et dans les tramways.
Personnellement, jusqu'à mon arrestation le 28 avril 1942, j'avais vécu, comme beaucoup, sans trop souffrir de leur présence, malgré les restrictions en matière de circulation et de ravitaillement.
Les choses se sont rapidement gâtées suite aux premiers actes de résistance qui ont été suivis de mesures répressives, de fusillades, d'arrestations, d'emprisonnements, et de déportations 
Dès le premier hiver, l'occupation devient grave : on avait froid on avait faim et l'occupant faisait peur, très peur.
Et si certains sont passés au travers (vivant quasiment normalement, s'enrichissant parfois grâce au marché noir), le plus grand nombre souhaitait la défaite des Allemands et le retour dans leur pays.
Voilà ma vision des Allemands pendant une partie de la guerre.

Dès le début de l'occupation, je m'engage au Parti socialiste clandestin et au Mouvement Solidarité du Front de l'Indépendance.
Je distribue des tracts, vends des journaux clandestins, collecte des fonds et fais du renseignement.
Je suis arrêté, par la Gestapo , le 28 avril 1942, à Sclessin. Je suis incarcéré au fort de Huy et mis au secret jusqu'au 6 mai.
Du 6 au 8, incarcération au fort de Breendonk.
Le 8 mai, je suis déporté avec 120 autres résistants au camp de concentration de Mauthausen où nous arrivons dans la nuit du 10 au 11 mai. Nous sommes tous classés Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard).
Le 16 mai, je suis transféré au camp annexe de Gusen.  Après avoir été affecté dans différents kommandos, je retourne à Mauthausen à la mi-juin 1944;
Le 20 juin, avec une soixante d'autres détenus, je suis déporté au KL-Natzweiler.
Le 2 ou 3 septembre, l'ensemble des détenus du camp est transféré vers Dachau suite à l'avance des Alliés. Je suis immédiatement envoyé au camp annexe d'Allach.
Le 30 avril 1945, je suis libéré par les Américains. Le camp est mis en quarantaine à cause d'une épidémie de typhus.
Le 31 mai, je suis de retour à Sclessin.
Sur les 120 déportés du convoi du 8 mai 1942, nous ne sommes que quinze survivants.

Après la guerre, j'ai assisté à la création des deux Allemagnes, de ce qui se passait et j'ai cru à un certain moment à une nouvelle guerre entre les Russes et l'Allemagne de l'Ouest.
Je me suis réjoui de l'application du plan Marshall pour les Allemands de l'Ouest en regrettant que ceux de l'Est n'en profitent pas.
C'était à mes yeux, l'occasion d'empêcher l'esprit de revanche de se manifester une nouvelle fois comme après 1918.
J'ai regretté, par contre, un manque de dénazification.
Je me suis réjoui aussi de la réunification des deux Allemagnes. L'Allemagne maintenant est un pays pacifique et on ne peut que s'en féliciter.
Quant à la construction de l'Europe, on ne peut qu'applaudir. Personnellement, je pense que cela va un peu vite, il faut laisser le temps au temps. Certains pays n'y sont pas préparés, pas plus que les habitants.
La libre circulation des personnes et des biens pose des problèmes.
Mais on se réunit, on discute, et on cherche des solutions, pour le bien être de tous. Nous ne sommes pas en dictature

Quant à la jeunesse, elle porte tous mes espoirs. Mais elle doit prendre conscience que la vie n'est pas un long fleuve tranquille.
Elle est semée d'embûches, de drames, mais aussi de joie et de moments heureux.
Il est impératif que les jeunes se rendent compte qu'il faut apprendre à se battre comme démocrate, pour vaincre l'adversité et garder confiance en l'avenir, même, si souvent le bout du tunnel parait loin.
Restons vigilants, toujours vigilants : si nous oublions le passé, nous sommes condamnés à le revivre.
La discrimination, le refus de la différence sont des voies ouvertes pour d'autres camps de concentration.
La race des dictateurs n'est pas éteinte, d'autres attendent dans l'ombre. Que les nouvelles générations n'oublient jamais que seule la démocratie, c'est à dire le respect de la liberté et de l'égalité des citoyens, les aidera à construire un avenir fait de solidarité de fraternité et d'amitié.
Vous, les jeunes, restez les sentinelles attentives de votre futur. Refusez les nationalismes ou toute idéologie éloignée de la solidarité et de la fraternité.

Paul BRUSSON. Belge. Résistant déporté.

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