Questions sur le lieu

Qu’est-ce que le Struthof ?

Le « Struthof » est le nom d’un lieu-dit alsacien où fut construit le seul camp de concentration bâti sur le territoire français au cours de la Seconde Guerre mondiale (alors territoire annexée de fait à l'Allemagne nazie). Aujourd’hui, le « Struthof » est le nom générique d’un des principaux lieux de mémoire de la déportation politique en France. Ce nom regroupe à la fois l’ancien camp de concentration de Natzweiler, le monument « Aux martyrs et héros de la déportation », la Nécropole nationale (avec les tombes de français morts en déportation), le musée du KL-Natzweiler et le Centre européen du résistant déporté.

 

Pourquoi parle-on du camp de Natzweiler et pas du Struthof ou de Natzwiller ?

Natzweiler est le nom que les nazis ont donné au camp pendant la guerre : Konzentrationslager Natzweiler (abrégé en KL-Na). Ce camp a été construit à proximité du lieu-dit du Struthof (qui portait déjà ce nom la guerre) et du village alsacien de Natzwiller. En France, l’appellation « camp du Struthof » est souvent employée, alors qu’à l’étranger, le camp est plus connu sous le nom de « Natzweiler-Struthof ». Aucun de ces termes n’est cependant vraiment bon, seul celui de Natzweiler est historiquement justifié.

 

Pourquoi les baraques du camp ont-elles été brûlées après la guerre ?

Dès 1949, un projet est conçu afin de conserver le camp en lieu de mémoire des victimes du nazisme. En raison du mauvais état du camp, il est décidé de détruire la plupart des baraques en bois qui n’ont pas résisté aux intempéries. Le 29 mars 1954 a lieu l’incinération symbolique de la baraque n°12, lors d’une cérémonie officielle, marquant le début des travaux d’aménagement du lieu en mémorial national de la déportation. Étaient présents à cette cérémonie, Paul Demange, préfet du Bas-Rhin, ancien déporté de Neuengamme ; Georges Ritter, vice-président du Conseil Général du Bas-Rhin, ancien déporté ; Camille Wolff, député du Bas-Rhin, ancien déporté, Président de l’Amicale des Anciens internés des camps de Schirmeck et du Struthof ; Yves Bouchard, ancien déporté, délégué du réseau Alliance ; les représentants du Comité National du Struthof, de la FNDIRP, de l’UNADIF, de l’UFAC, ainsi qu’une délégation d’officiers anciens déportés.

4 baraques sont conservées pour la mémoire du camp : une baraque-dortoir de déportés (qui abrite aujourd’hui le musée), le block des cuisines, le block cellulaire et le block du four crématoire.

Aujourd’hui les emplacements des anciennes baraques sont matérialisés par des stèles de pierre sur lesquelles sont inscrits les noms des autres camps de concentration européens.

 

À quoi servait la Kartoffelkeller ?

« Kartoffelkeller » signifie « cave à pommes de terre » en allemand. Ce bâtiment, en béton armé, long de 120 mètres est composé de 22 alvéoles, parcourues de 2 longs couloirs parallèles. Sa construction, par les déportés du camp, dura du 30 juin 1943, jusqu’en 1944. À ce jour, aucun document ou témoignage n’a permis de connaître l’utilisation du bâtiment ou de savoir ce que l’administration SS du camp comptait en faire. Des bâtiments plus anciens et plus petits, à l’architecture similaire, existent à la carrière.

 

Y a il eu des évasions du camp pendant la guerre ?

Si environ 150 évasions peuvent être répertoriés dans les quelques 70 camps annexes, surtout vers la fin de la guerre (lorsque les conditions d’encadrement et de surveillance étaient relativement moins strictes), il n’existe qu’un seul cas d’évasion réussie à partir du camp central. Cette évasion a eu lieu le 4 août 1942. 5 déportés, qui étaient affectés à des kommandos de travail à l’extérieur de l’enceinte barbelée, à l’auberge du Struthof, réussirent à s’emparer d’uniformes SS et d’un véhicule dans lequel ils passèrent le point de contrôle qui menait au camp et parvinrent jusqu’en France occupée. Sur les 5 compagnons, 1 seul fut rattrapé et ramené au camp. Après avoir été torturé pendant plusieurs jours, il fut pendu devant les déportés le 5 novembre 1942. Par la suite, la direction centrale des camps à Oranienburg émit une circulaire exigeant le renforcement des mesures de sécurité et de contrôle des véhicules.

 

Quel est le rôle du ministère de la Défense au Struthof ?

De 1945 à 1948 le camp servit de centre pénitencier et dépendait du ministère de l’Intérieur, puis de celui de la Justice. Près de 2 500 Allemands, hommes, femmes et enfants, civils présents dans la zone de combat y furent internés dès janvier 1945. Des Alsaciens accusés de collaboration y furent également détenus. Le 28 septembre 1949, lors d’une réunion de la Commission Interministérielle, le Président du Conseil, transféra le contrôle du camp au ministère des anciens combattants et victimes de guerre. Le 3 mars 1950, la Commission nationale des déportés, internés et résistants décida unanimement de créer une nécropole nationale au Struthof. Le 5 mai 1957 la dépouille d’un déporté inconnu fut inhumée au cours d’une cérémonie officielle. Le corps fut ensuite placé dans son tombeau définitif à l’intérieur du caveau au pied du Mémorial, lors de la veillée précédant l’inauguration officielle le 23 juillet 1960. Le ministère des Anciens combattants continua alors à en assumer la responsabilité au même titre que celle des autres nécropoles nationales des différents conflits. Depuis 1999, le ministère des Anciens Combattants est rattaché au ministère de la Défense. C’est la raison pour laquelle celui-ci à la charge de la gestion et de la conservation du site.

 

Pourquoi un drapeau français flotte-il au-dessus du camp ?

Le drapeau français flotte au-dessus de la nécropole nationale, qui rassemble 1 118 tombes de français et françaises morts en déportation, au KL-Natzweiler ou ailleurs, ainsi que le corps du déporté inconnu inhumé dans le caveau au pied du Mémorial. La décision de créer la nécropole fut prise dès 1950 afin de recevoir les dépouilles des déportés que les nazis n’avaient pas réussis à faire disparaître. En 1960, la Commission Exécutive décida de transférer dans le caveau 14 urnes renfermant de la terre symbolique ou des cendres anonymes provenant des camps de concentration situés en Allemagne.

 

Comment se fait-il qu’il y avait un restaurant qui portait le nom du Struthof à proximité de la chambre à gaz ?

L’auberge du Struthof, porte le nom du lieu-dit sur lequel elle est située. Le bâtiment qui se trouve en face, où les nazis installèrent une chambre à gaz, fut construit dans les années 1930 en tant qu’annexe du restaurant et servait de salle de bal pour les habitants du village de Natzwiller situé en contrebas. Cet ensemble hôtelier accueillait les skieurs et les promeneurs du Struthof, site touristique réputé de la Vallée de la Bruche depuis la fin du 19e siècle.

Le camp fut ouvert en mai 1941 à proximité du lieu-dit du Struthof. De 1941 à 1944, le restaurant et ses annexes furent réquisitionnés par les nazis, qui y installèrent une partie des homme de troupes affectés au camp, ainsi que divers ateliers de travail. En 1943, la salle des fêtes fut transformée en chambre à gaz.

Depuis 1951, ce bâtiment, lieu d’événements tragiques est classé Monument historiques. Il était séparé du restaurant (redevenu une propriété privée) par une haie, qui met le lieu de mémoire en retrait des regards des passants et permet de préserver le calme et le recueillement de rigueur en un tel lieu. Aujourd'hui, le restaurant est fermé et le bâtiment a été rachetée par l'état.

 

Quand le monument qui domine le site a-il été érigé ? Qu’est-ce qu’il représente ?

Le 13 octobre 1953, fut créé le Comité national pour l’érection du Mémorial de la Déportation. Un décret du 5 décembre 1954 autorisa l’ouverture d’une souscription nationale. L’importance des sommes rassemblées permit la construction d’un imposant monument dont la conception fut confiée à Bertrand Monnet, architecte en chef des Monuments historiques. Les travaux du monument commencés en mai 1957, furent achevés en août 1958. Le sculpteur Lucien Fenaux, grand prix de Rome, y oeuvra ensuite jusqu’en juillet 1959. Le mémorial fut inauguré par le général de Gaulle, Président de la République française le 23 juillet 1960. Haut de 40 mètres et visible depuis la vallée, il représente une flamme et arbore la silhouette émaciée d’un déporté. Le Mémorial, dédié « Aux martyrs et héros de la déportation » abrite le corps du déporté inconnu, symbole de toutes les victimes de la déportation.

 

Combien de visiteurs y a-il au Struthof par an ?

Le Struthof est l'un des sites de mémoire les plus visités en France, notamment par les élèves de collèges et de lycées, français et étrangers. En 2019, il a accueilli un peu plus de 200 000 visiteurs.

 

Pourquoi le Centre européen (CERD) a-t-il été créé à proximité de l’ancien camp de Natzweiler ?

Lieu de mémoire, d’expositions et d’informations, le Centre européen du résistant déporté rend hommage à ceux qui se sont élevés partout en Europe contre l’oppression nazie. De nombreux résistants, d’une trentaine de nationalités, furent déportés au camp de Natzweiler ou dans l’un de ses camps annexes. Même si toutes les catégories de déportés se sont retrouvées à Natzweiler, l’administration centrale des camps projeta d’y rassembler les résistants-déportés « NN », tombant sous le coup du décret « Nacht und Nebel ». C’est pourquoi le Centre européen rappelle le sens de l’engagement résistant et évoque l’histoire des Résistances à travers l’Europe. Il se veut ainsi un point d’appui, une introduction à la visite du camp et du musée du KL-Natzweiler.

 

Combien a coûté la construction du CERD ?

Le projet disposa d’un budget de près de 12 millions d’euros. Le financement fut assuré à 80 % par les crédits du ministère de la Défense et à hauteur d’environ 20 % par une subvention de l’Union européenne, à travers le Fonds européen pour le développement régional (FEDER). Cette subvention fut consacrée au développement des espaces muséographiques.

 

Qui a dessiné le bâtiment ?

C’est l’architecte Pierre-Louis Faloci*, associé au cabinet d’étude Technip TPS qui remporta le concours d’architecture le 1er juin 2001. Les travaux de gros œuvre débutèrent en août 2003 pour s’achever par l’installation des éléments de muséographie à l’été 2005. Le Centre européen du résistant déporté fut inauguré le 3 novembre 2005 par Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française. Cette cérémonie clôtura l’année de commémoration du 60e anniversaire de la libération des camps nazis.

*Architecte français établi à Paris. Diplômé en 1975. Enseignant à l'école d'architecture de Paris-Belleville. Parmi ses réalisations : Palais de justice d'Avesnes-sur-Helpe ; nouvelle mairie de Nice ; médiathèque, marché couvert et aménagement de la place du marché de Meudon-la-Forêt (92) ; chapelle Notre-Dame de la Sagesse, Paris 13eme ; Musée de la civilisation celtique et centre archéologique européen au Mont Beuvray, prix de l'Équerre d'argent en 1996 ; Réaménagement de la chapelle du Musée Rodin en 2005.

Que représente le logo du Struthof ?

« Le logo agit comme une évocation. Il représente le Centre européen du résistant déporté construit sur le site de la Kartoffelkeller et l’ancien Camp de Natzweiler-Struthof. Le logo suggère par ses lignes verticales le motif sur la façade du CERD et les nuits et brouillards sur le Camp ; les différents niveaux et paliers, la structure des deux sites ; et enfin la forme pointue rappelle la flamme du Mémorial. » Marc Derouin, graphiste.

 

Je possède des photos ou des archives sur cette époque, à qui puis-je les confier ?

 

Si vous possédez des documents relatifs au Struthof, le Centre européen pourra vous conseiller afin de choisir le meilleur moyen de les conserver.

Vous pouvez aussi consulter le Guide du détenteur d'archives de la Résistance et de la Déportation. La Fondation de la Résistance, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, le ministère de la Défense (direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives) et le ministère de la Culture (direction des Archives de France) se sont associés pour élaborer ce guide pratique à votre attention, que vous soyez :

  • détenteur d'archives personnelles sur la Résistance ou la Déportation, en raison de vos activités passées ou par suite du décès d'un proche,
  • liquidateur d'un mouvement ou d'un réseau de Résistance, ou responsable d'une association ou d'une amicale de résistants,
  • responsable d'une association de déportés,
  • animateur d'un musée de la Résistance et de la Déportation qui détient des archives.

Vous trouverez dans ce guide les informations et les recommandations les plus essentielles sur les archives et leur sauvegarde. Les coordonnées des responsables des archives au sein des deux Fondations y figurent aussi. N'hésitez pas à leur téléphoner ou à leur écrire. Ils sont à votre disposition pour répondre à toutes vos interrogations.