Accueil > Regard sur ... > Martial DEBROS

Martial DEBROS

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

La débâcle de l’Armée française en juin 1940, nous frappa de stupeur, nous en Tunisie.
Et pire encore cette attitude des Italiens se pavanant dans les rues…
Pour relever la tête, nous étions quelques jeunes de mon âge (17-18 ans) à nous réunir et à rédiger des articles publiés le jeudi dans le quotidien « La Dépêche ».
Pierre Bonnet Dupeyron, censeur du lycée Carnot, fut mon chef de file.
Le régime de Vichy limogea sans ménagement les chefs d’établissement d’enseignement. Je réagis en publiant un article faisant l’éloge de ces enseignants.
Fin 1940, le Résident Général fit avertir mon père que j’étais recherché. Je devais me mettre à l’abri. Je pris le train pour le Maroc et m’engageais dans l’artillerie. Tous les quinze jours, j’envoyais un « papier » à mon chef de réseau.
En mars 1942, Pierre fut arrêté, déporté et massacré à Lyon. Il laissait une veuve et deux enfants que j’ai retrouvés à Paris en 1957.
Son réseau, devenu plus discret, a pu fonctionner quelques temps, j’en recevais des informations. Je donnais des recommandations, des orientations jusqu’à mon départ au Sénégal.
Fin 1943, retour au Maroc pour un réarmement de nos unités en matériel américain. En 1944, nous débarquons sur les côtes de Provence.
Nous combattons en remontant vers le Nord.
Un soir dans les Vosges, en patrouille de nuit apparaît un officier allemand. Nous nous saluons, je lui souris, il me tend la main que je serre. « Merci » me dit cet homme. Re-salut et nous repartons soulagés. Nous aurions pu nous entretuer, armés comme nous l’étions !
Après les Vosges, l’Alsace : Saverne, Sélestat. Les combats sont violents jusque fin décembre.
L’offensive allemande dans les Ardennes nous amène à placer notre artillerie lourde dans les vallées.
Le 6 janvier 1945, mon PC (poste de commandement) est à Triembach. Le soir la famille Béhé nous accueille, j’y trouve l’amitié alsacienne et ma future épouse Martina.
Le 21 janvier à Chatenois, toute notre artillerie est sur la route du vin pour libérer Colmar le 2 février 1945.
Mon PC est à Hilsenheim dont nous avons détruit l’église en décembre 1944. Nous y reviendrons en 1995 pour célébrer le cinquantième anniversaire de la Libération de ce village et la  réconciliation franco-allemande, entre unités qui s’étaient combattues sur ces lieux.
De la mi-mars au 8 mai, Libération de l’Alsace du Nord et poursuite des combat jusqu’au Danube.
Commence alors la période d’occupation. Nous avons ces contacts directs avec la population allemande. Un pasteur sympathique me chante des cantiques dont je connais l’air et nous voici à chanter ensemble !
Plus tard, à Walhausen, logé dans la famille Eches une amitié s’est nouée.
Nos familles se sont retrouvées en 1974. Cette amitié est fidèle encore aujourd’hui.

Ce que je viens d’écrire, je l’ai vécu.
Construire l’Europe ne peut se faire sans se rencontrer, sans amitié.
Les Allemands ont souffert du nazisme. Les SS, les médecins barbares des camps de concentration, les tueurs d’Oradour ne seront pas oubliés. Ils ont payé. Ce ne sont pas eux qui ont construit l’Europe. C’est nous par le prix du sang versé pendant cette guerre.


Martial DEBROS
Ancien combattant

  Haut de page