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Joseph LANTZ, Patriote résistant à l’occupation

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Une famille alsacienne dispersée dans la tourmente

1914, l’Alsace est allemande.

Mon père Jacques porte le casque à pointe. Refusant de tirer sur les Français, il est envoyé sur le Front Russe. Gravement blessé au bras, il ne retourne plus au front, et reste caché en Alsace-Moselle. Il est déclaré déserteur.
Le 25 avril 1941, mon frère aîné Eugène, 20 ans, est expulsé volontaire. Il refuse la germanisation. Il rejoint la France Libre du Général de Gaulle pour revenir à la fin de la guerre avec le grade de lieutenant, puis celui de capitaine de réserve.
Le 15 janvier 1943, Jacques, mon deuxième grand-frère, 17 ans, est arrêté pour non participation aux jeunesses hitlériennes. Il est incarcéré au camp de Linz en Autriche, seul pendant vingt huit mois.
On l’oblige à travailler sept jours sur sept, douze heures par jour, avec des concentrationnaires.
Un jour, il est emmené par la Gestapoqui le soupçonne de sabotage. Après un interrogatoire de six heures, refusant d’avouer, il est relâché et s’en tire à bon compte. Victime de la dysenterie, il est hospitalisé puis reprend le travail forcé. Il subit une vingtaine de bombardements anglo-américains et russes.
Le 22 janvier, mes parents, mon frère Jean-Pierre, 7 ans et moi-même, 11 ans, sommes arrêtés. Mon petit frère est malade mais les SS en rage contre nous, ne veulent rien savoir. Motif de l’arrestation : opposition à toute organisation nazi, refus d’adhérer à la Deutsche Volkgemeinschaft(communautédu peuple allemand), refus d’acheter le portrait d’Hitler et Résistance.
Nous sommes incarcérés au camp 122 puis 220 de Striegau en Silésie. Nous allions y rester vingt huit mois.
Les enfants de mon âge doivent être présents au rassemblement du matin dans la cour. Dans la journée, nous déchargeons des wagons, nettoyons les couloirs et travaillons aux champs. Le travail est accompagné de coups et d’insultes. La nuit, c’est la chasse aux punaises.
J’ai gardé de cette période un petit carnet avec de précieux documents originaux. J’y notais mes impressions, anecdotes et même les repas.
Le 12 février 1945, abandonnés par nos gardiens qui fuient devant l’avance de l’Armée Rouge, nous quittons le camp avec une charrette récupérée par ma mère. Nous marchons pendant deux jours et deux nuits sans nourriture.
Après un regroupement, nous embarquons dans un  train. Le 21 février, après un voyage de cinq jours, toujours sans manger, nous arrivons à Zenting en Bavière. Là nous sommes entassés comme des sardines dans une grande salle de danse.
Mon père, pour nous nourrir, propose son aide dans une ferme. Malgré les risques encourus, la famille allemande nous accueille mon père et moi. Nous avons conservé, après guerre, des relations chaleureuses avec cette famille bavaroise.
Le 15 avril, surprise ! Mon frère Jacques s’est échappé de Linz et nous rejoint.
Le 28, nous sommes libérés par les Américains.
Le 23 mai, nous sommes de retour à Hayange (Moselle). Notre maison a été pillée pendant notre longue absence. Nous recommençons tout à zéro. Personne ne comprend le drame que nous venons de vivre durant ces longs mois.
Le lendemain, malgré notre maigreur et notre fatigue, je reprends le chemin de l’école. L’instituteur ne me demande même pas d’où je viens. Je serai longtemps l’objet de la risée des enseignants et de mes camarades du fait de mon retard scolaire.
Le IIIe Reich m’a volé mon éducation et brisé mon avenir.

Je me suis toujours demandé comment un pays comme l’Allemagne avec ses savants, sa culture, ses généraux avait pu se laisser emporter par la paranoïa d’Hitler.
Après guerre, le peuple allemand n’était pas fier d’apprendre la vérité sur le parcours d’Hitler et de ses adjoints.
L’Allemagne, aujourd’hui, s’est relevée sans accepter les organisations d’extrême droite ou néo-nazi. Elle a été aidée en cela  par l’Europe, lieu de d’échange de culture, de travail et de partage avec le tiers-monde.

Aux jeunes d’Europe, je dirais aujourd’hui : Liberté. Egalité de l’Europe. Fraternité pour le monde. Respect des droits de l’homme et…un peu plus de modestie.

Joseph LANTZ
Patriote résistant à l’occupation.

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