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Jean GALLIOT

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Je suis né le 24 septembre 1919.
Le 27 octobre 1937, je m’engage au 131e régiment d’infanterie d’Orléans.
Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne.
Je suis blessé dès le 12 septembre. Mon régiment est stationné à Honschoote (Nord) jusqu’au 10 mai 1940. Mon bataillon d’avant-garde part en opération jusqu’à Turhout (Hollande).
Puis c’est la retraite par le canal Albert (Seleghem), jusqu’à Dunkerque.
J’embarque le 28 ou le 29 mai sur le « Niger » qui sombre. Récupéré par des pêcheurs anglais, ils me débarquent à Folkestone, direction Plymouth.
Rapatrié sur le « Général Metzinger », je suis débarqué à Brest et réarmé en Normandie dans la région de Lisieux.
Je suis à nouveau blessé  et évacué sur l’hôpital complémentaire de Morlaix.
Les Allemands me font prisonnier  mais je m’évade le 19 juillet.
Je rejoins le 1er régiment d’infanterie à Saint Amand Montroud. Puis, je suis affecté au bataillon d’honneur à Vichy d’octobre à novembre, jusqu’à l’occupation totale de la Zone Sud.
Je déserte alors ma compagnie.
En tentant de passer par l’Espagne pour rejoindre les Forces Françaises Libres, je suis arrêté par la police espagnole qui m’incarcère à Irun. Les Espagnols me remettent à la Feldgendarmerie qui m’interne au camp de Souge. Evasion le soir même.
Je prends le train jusqu’à Blois où je me réfugie chez mes parents.
Je rentre en Résistance au sein du réseau action Buckmaster.
Mon père qui fait partie de l’Armée Secrète est arrêté par la Gestapo. Il est déporté à Buchenwald où il décède le 8 avril 1944. Il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Le 7 mars 1944, suite à une dénonciation, je suis arrêté et incarcéré à la maison d’arrêt de Blois. Je me retrouve au « mitard » pour une nouvelle tentative d’évasion (on ne se refait pas). Je suis alors transféré à la prison de Fresnes.
Le 16 avril 1944, je suis déporté au Struthof. Classé Nacht und Nebel. (NN)*. Matricule 17 254.
Le 3 septembre, je suis évacué, avec mes compagnons de malheur, sur Dachau en Bavière. Je suis maintenant le matricule 101 201.

Mais les nazis considèrent Dachau comme un camp schonüng (moins dur). Etant NN, ils me transfèrent à Mauthausen en Autriche. Camp extrêmement meurtrier.
Je suis ensuite expédié au Kommando de Melk, camp annexe de Mauthausen, puis à Amstetten et enfin Ebensee où je suis libéré, plus exactement délivré le 6 mai 1945.
Le 23 mai, je suis rapatrié et hospitalisé. Je souffre, entres autres, de morsures de chien aux pieds et aux jambes.
Je sors de l’hôpital le 15 décembre 1945.
Je suis alors affecté au 32e régiment d’infanterie de Blois. Puis, nouvel engagement pour l’infanterie coloniale, le 22 avril 1946, au sein du 6e RTS à Casablanca (Maroc). Incapable de continuer physiquement, je rejoins le service des essences.
Je sers en Indochine de 1953 à 1955. Ensuite retour au Maroc puis affectation aux Forces Françaises en Allemagne en 1960.
Le 1er novembre 1962, je prends ma retraite,  invalide de guerre à 100%.
En avril 1975, je suis fait chevalier de la Légion d’Honneur et  deviens officier de l’ordre le 24 avril 1995.

Voilà ce que j’ai vécu et pourtant deux musiques m’émeuvent toujours, la Marseillaise et la sonnerie « aux morts ».

Je suis un européen convaincu mais je citerai un proverbe allemand :
«Kein Hass aber nicht wergessen». Pas de haine mais pas d’oubli.

*Note : la différence entre détenu « normal » et NN est énorme. Le détenu « normal » peut écrire une lettre par mois et en recevoir autant plus un colis, les NN « RIEN ». Les NN ne devaient pas sortir vivants des camps de la mort.

Jean GALLIOT. Français.
Résistant.Déporté.

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