Les quatre femmes du SOE. 06/07/1944.

Le Special Operations Executive (SOE)

« Et maintenant, mettez le feu à l’Europe ! » Winston Churchill.


Composant des services secrets britanniques, il est créé en juillet 1940, par Winston Churchill, Premier Ministre anglais.

Sa mission, au départ, est de soutenir les mouvements de Résistance en Europe occupée. Par la suite, son action est étendue, à l’ensemble des pays en guerre.

Le SOE est le premier service à envoyer des femmes en opération.


Les missions dévolues au SOE sont de :


S’assurer de l’existence d’une résistance et prendre contact avec elle. Au besoin, il en suscite la création .

Maintenir le contact quand celui-ci est établi.

Fournir les moyens nécessaires aux résistants pour la lutte contre l’envahisseur (encadrement, matériel et argent).


La section F (pour France) du SOE est créée dès 1940. Elle agit en totale autonomie vis à vis des services de la France Libre. Ce qui engendre de nombreuses tensions tout au long de la guerre entre Français et Anglais.

La section F constitue des réseaux de renseignements, de sabotage et des filières d’évasion (particulièrement pour les pilotes alliés).


A partir de septembre 1941, son chef est le colonel Maurice Buckmaster. Il conservera ce poste jusqu’à la disparition du SOE.

Les premiers agents sont parachutés en France en mai 1941.


Le réseau « Prosper » :


Le plus important réseau, créé par le SOE en France, est le réseau « Prosper », du pseudonyme de son chef, Francis SUTTILL.

Après avoir absorbé plusieurs sous-réseaux, « Prosper » compte près de 1 500 agents en 1943. Andrée BORREL est l’un d’entre eux.

A la fin du printemps « Prosper » a des ramifications dans l’ensemble de la moitié Nord de la France.

Malheureusement, ce développement rapide se fait au détriment de la sécurité.

L’Abwehr (le service de contre-espionnage nazi) et la Gestapo infiltrent le réseau grâce à des agents double.

Le réseau est décimé par les arrestations. Son chef est arrêté le 23 juin, avec son équipe de proches collaborateurs. Francis Suttil mourra en déportation au camp de Sachsenhausen, en 1945.

Le réseau est entièrement retourné et va travailler pour les nazis.

Le SOE mettra plus de deux mois pour comprendre que « Prosper » est tombé aux mains des Allemands.


104 agents de la section F du SOE sont morts pour la France.


Quarante agents féminins opérèrent en France.


Quinze d’entre-elles furent arrêtées par les nazis.


Trois seulement survécurent.


Le Special Operations Executive est dissout en 1946.

Le 6 juillet 1944

Entre 1942 et 1943, Andrée BORREL, Sonia OLSCHANEZKY, Vera LEIGH, Diana ROWDEN, toutes agents du SOE, sont parachutées sur le territoire français.

Après avoir été arrêtées et internées en France, elles sont transférées en mai 1944 à la prison de Karlsruhe en Allemagne.
Le 6 juillet 1944, elles sont envoyées au KL Natzweiler où elles sont assassinées le jour même par injection de phénol.
Leurs corps sont immédiatement incinérés dans le crématoire du camp.

 

 

En 1946, leurs assassins sont jugés au procès de Wuppertal en Allemagne.

 

 

Témoignages sur l'assassinat.

Cet après-midi où les quatre femmes ont été amenées au camp, Brian Stonehouse, agent du SOE, déporté classé NN, travaillait au creusement d’une tranchée pour installer une canalisation à proximité du portail d’entrée.

Brian était un jeune conscrit, auparavant étudiant aux beaux arts. Il avait un oeil d’artiste, exercé à capter le moindre détails des attitudes, des formes et de l’habillement des modèles qu’il devait croquer en cours.
Cet après-midi, tandis qu’il creusait sous le regard d’une sentinelle armée qui se tenait de l’autre côté des barbelés électrifiés, il s’arrangeait pour observer les femmes passant le portail, descendant par les escaliers qui les menaient, passant baraque après baraque, vers le bunker. Il se rappelait de quoi elles avaient l’air, ce qu’elles portaient, ce qu’elles avaient avec elles. (…)
Ce jour là au camp, il n’avait aucune idée d’où elles venaient, pourquoi elles étaient amenées là, et aucune idée de ce qui les liaient à lui, si ce n’est cette commune présence dans ce lieu de désolation.  (…)
Presque avec incongruité en ce lieu, elles avaient l’air de venir «du monde réel ». Il s’arrangea pour les observer encore une minute ou deux, avant qu’elles ne disparaissent dans le bunker, tout en bas des marches. Il ne les a plus revues, mais sera capable de les dessiner, chacune de manière reconnaissable, plus tard. 

Flames in the field, Rita KRAMER. pp. 17-18


“J’ai vu les quatre femmes aller vers le crématoire, l’une après l’autre. L’une y allait, et deux ou trois minutes plus tard, une autre. Le lendemain matin, le détenu responsable du crématoire [Franz BERG] m’a expliqué qu’à chaque fois que la porte du four était ouverte, des flammes sortaient par la cheminée ; ça voulait dire qu’un corps avait été mis dans le four. J’ai vu des flammes à quatre reprises. »

Témoignage, lors du procès de Wuppertal, du Docteur GUERISSE, déporté au KL Natzweiler.

Cité par Rita KRAMER. op.cit., p.115.