Les onze fusillés du 19/05/1944

La filière d'évasion Differdange/Les Ancizes.

A l’automne 1940, une Luxembourgeoise, Josy Goerres, fonde le réseau "The Patriotes Indépendants" (Pi-Men) à Differdange.
Appelé « Formation des patriotes des indépendants au Luxembourg » mais également F-16,9 il fut l’un des réseaux de résistances luxembourgeois les plus importants. Il finira par rejoindre les unions des organisations de la liberté ; une organisation d’organismes de résistances du Luxembourg.

Le groupe subdivise ses actions en quatre domaines distinctes :
•    Service d’informations militaires et politiques
•    Aide matérielle et financière pour les familles des
      réfractaires
•    Propagande, presse et sabotage
•    Filière d’évasion Differdange/Les Ancizes

Cette filière entre le Luxembourg et le Puy-de-Dôme assure aux réfractaires du Reichsarbeitsdienst (RAD), le service du travail obligatoire nazi, et de la Wehrmacht, l’évacuation en Zone libre.

L’organisation du réseau de passeur est structurée militairement. Albert Ungeheuer, résistant luxembourgeois, devient le chef principal du centre d’accueil et de transit des réfugiés et membres de la filière en provenance de Differdange

Sa tâche est de rediriger les réfugiés vers l’hôtel restaurant de Jean Gros, autre résistant luxembourgeois, membre de la filière.
Ce n’est toutefois qu’un lieu de transit, autrement dit une zone tampon où les réfugiés sont en attente d’une assignation à une tâche manuelle ou à un travail dans la région.

Le réseau bénéficie même d’alliés dans la fonction publique française, fruit d’une collaboration avec M. Paul Brun, préfet du Puy-de-Dôme et son assistant Marcel Meyer.
Ce dernier, grâce à son poste à la préfecture, au bureau de placements des réfugiés alsaciens, permet l’établissement de faux papiers, de certificats de travail et d’invalidité ou encore de laissez-passer.

Côté luxembourgeois, le réseau possède son antenne principale à Differdange d’où elle fait évacuer les réfractaires.
Afin d’opérer une fuite dans des conditions optimales et pour garantir une sécurité relative, sept itinéraires différents sont en place fin 1941 au départ de Differdange pour Les Ancizes (Puy-de- Dôme).
A cet égard, deux filiéristes du réseau s’occupent de la logistique des départs : Charles Wiesen et Edouard Morbé qui est assisté par le principal passeur : Francois Goldschmit.

La filière monte en puissance et augmente toujours plus le nombre d’évacués malgré le décret du 14 octobre 1941 qui instaure la peine de mort en cas de franchissement illégal des frontières

En terme de chiffres, l’action globale d’Albert Ungeheuer et de la filière Pi-Men a permis le transit de plus de 1 200 personnes aux Ancizes, comprenant aussi leur réinsertion professionnelle jusqu’à la fin du conflit.

L’arrivée d’un dénommé Rolgen, réfractaire à la Wehrmacht à noël 1943, va provoquer la chute du réseau d’Albert Ungeheuer. Ce dernier affecte alors le nouvel venu auprès d’un garagiste du secteur.
Rapidement lassé par la région et les conditions de vie en clandestinité, Rolgen décide de regagner le Luxembourg.
Arrêté par la Gestapo le 12 février 1944, il livre immédiatement et sans contrainte toutes ses connaissances sur le réseau : organisation, identité, localisation et permet ainsi la mise en place d’un quadrillage de surveillance à Clermont-Ferrand.
Sur place, un agent de l’Abwher nommé Steffen, se fait passer pour un réfractaire au RAD et malgré la méfiance d’Albert Ungeheuer, il intègre la filière et entame une surveillance rapprochée du chef des Pi-Men.
Grâce à ses renseignements, Ungeheuer est arrêté le 14 mars 1944 à 16 h en sortant de la préfecture. Les jours suivants voient également l’arrestation des grands responsables du réseau ainsi que d'un nombre important de réfugiés luxembourgeois.
Parallèlement à cette opération sont orchestrés d’autres arrestations sur le territoire luxembourgeois aux dépens des membres et passeurs locaux tel que Charles Wiesen et Francois Goldschmit.


Déportation et exécution

Au total neuf personnes du réseau sont arrêtées puis déportées au SS Sonderlager de Hinzert en attente de leur transfert vers le KL Natzweiler. Deux hommes, sans rapport avec la filière, font partie du convoi.
Arrivés au camp le 18 mai 1944, les onze hommes sont rassurés par la procédure d’enregistrement, dont l’immatriculation qui leur fait penser qu’ils sont des détenus comme les autres.
Mais dès le lendemain, ils sont convoqués pour la sentence :  la mort par peloton d’exécution.

Le 19 mai 1944 à 19h00, les sept Luxembourgeois et les trois Français sont exécutés par les SS dans la sablière du camp.


Composition du peloton d’exécution :

SS-Hauptsturmführer Platza (médecin du camp)
SS-Obersturmführer Ganninger (adjoint du commandant)
SS-Obersturmführer Meier (commandant de la compagnie de garde)
SS-Hauptscharführer Seuss (chef de block)
SS-Hauptscharführer Straub (chef du crématoire)
SS-Oberscharführer Nitsch (chef du service du travail)
SS-Unterscharführer Ehrmanntraut (chef de block)
SS-Unterscharführer Heubeck


In Memoriam

GASPARD Joseph. Né le 30/06/1914 à Russange (57). Matricule 14734 au KL Natzweiler.
GOLDSCHMIT François. Né le 10/07/1911 au Luxembourg. Marié. 3 enfants. Matricule 14736
au KL Natzweiler.
GROS Jean. Né le 21/09/1899. Français. Matricule 14745
au KL Natzweiler.
JUNG Marcel. Né le 16/01/1911 au Luxembourg. Matricule 14737 au KL Natzweiler.
LORANG Ernst. Né le 14/01/1922 au Luxembourg. Matricule 14738
au KL Natzweiler.
MEYER  Marcel. Né le 20/11/1905 à Berg-sur-Moselle (57). Matricule 14735
au KL Natzweiler
MORBE Edouard. Né le 06/04/1910 au Luxembourg. Matricule 14739
au KL Natzweiler.
STEINER Georges. Né le 21/11/1903 au Luxembourg. 1 enfant. Matricule 14740 au KL Natzweiler.
THOLL Georges. Né le 23/05/1913 au Luxembourg. Marié.
Matricule 14741 au KL Natzweiler.
UNGEHEUER Albert. Né le 30/05/1915 au Luxembourg. Matricule 14742 au KL Natzweiler .
WIESEN Charles. Né le 05/10/1916 au Luxembourg. Marié. Matricule 14744
au KL Natzweiler.