Les maquisards du GMA-Vosges.

Le groupe mobile Alsace

L’histoire du Groupe Mobile Alsace remonte à 1940. L’Alsace et la Moselle sont alors annexées par l’Allemagne nazie.
De nombreux Alsaciens fuient vers la Zone libre pour échapper à l’annexion et à la germanisation. D’autres, jugés trop francophiles, sont expulsés d’Alsace (environ 100 000 personnes).
Le nombre d’Alsaciens cherchant à fuir leur région va augmenter à partir de 1942. Ils refusent de servir sous l’uniforme nazi. En effet, le 25 août, le Gauleiter (chef de région nazi) d’Alsace Wagner décide, avec l’accord d’Hitler, d’incorporer de force les jeunes alsaciens dans l’armée allemande.
Ces jeunes réfractaires vont, pour certains d’entre eux, intégrer différents mouvements de résistance.
 
Un Comité Directeur de la résistance alsacienne rassemble l’organisation de Paul Dungler et quelques officiers de l’armée d’armistice. Il se fixe un   triple objectif :
- Conserver le contact avec les résistants restés en Alsace
- Se relier aux réseaux clandestins de la Zone libre
- Chercher des appuis secrets au sein de l’armée d’armistice puis de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA)

Le Comité structure six filières de liaison avec l’Alsace.
 
En juillet 1943, il étudie, en liaison avec les réseaux de Londres et la Confrérie Notre Dame (service de renseignement français), les conditions d’utilisation contre l’ennemi des Alsaciens évadés. Ceux-ci se trouvent soit en Suisse, soit en zone sud. Cette zone ayant été envahie par les Allemands en novembre 1942, il leur est impossible de rejoindre la France Libre en Afrique du nord.
Le Comité crée, pour organiser et continuer la lutte contre les nazis, trois Groupes Mobiles d’Alsace.
- Le GMA-Sud, composé d’Alsaciens et de Lorrains se trouvant dans le sud-ouest de la France. Effectif : 1 500 hommes.
- Le GMA-Vosges, de recrutement local, constitué à partir de mars 1944.  Effectif : environ 600 hommes.         
- Le GMA-Suisse. Effectif : 1 800 hommes en mai 1944.

Le groupe mobile Alsace-Vosges

Le groupe mobile Alsace-Vosges (GMA-V) est formé à partir un noyau de résistants de la haute vallée de la Vezouse.  Peu à peu, il se développe et s’installe dans la vallée de la Plaine jusqu‘à Moussey.
Il est  commandé par Marcel Kibler (alias commandant Marceau) adjoint de Paul Dungler à la tête de la 7ème colonne d’Alsace.
Le commandement sur le terrain est confié au docteur René Meyer (alias capitaine Marc).
La mission du GMA-V est de préparer le terrain en vue de l’offensive alliée dans les Vosges.
Il adopte une structure militaire sous la forme de centuries (groupes de 100 hommes, subdivisés en vingtaines et en sixaines).

Le GMAV en compte deux « au maquis » et quatre à six « sur le papier », mobilisables sur ordres:

    • La 1ère commandée par René Ricatte (alias lieutenant Jean Serge) seule à avoir une réelle valeur militaire.
    • La 2ème est partiellement armée mais ses hommes sont peu entrainés.
    • La « centurie de Moussey » est essentiellement composée d’hommes du haut de la vallée du Rabodeau.

Suite à la rafle allemande du 18 août 1944 dans la vallée du Rabodeau, et à la découverte d’une liste, la centurie de Moussey est anéantie.
C’est le premier coup dur porté au GMA-V.

Début septembre, à l’annonce d’un important parachutage qui doit permettre d’armer tous le maquis, l’ensemble du GMAV est mobilisé. Ce sont donc près de 600 hommes, la plupart, sans équipement et sans arme, qui suite à cet ordre incompréhensible, montent au maquis.
Ils sont rassemblés à la ferme de Viombois, située sur la commune de Neufmaisons à huit km de Raon l’Etape, en attente du parachutage qui tarde.
Le 4 septembre, suite à la capture bruyante de quelques télégraphistes et cantinières, les Allemands alertés encerclent la ferme et lancent plusieurs attaques. Les hommes du GMA-V, essentiellement ceux de la 1ère centurie sous les ordres de René Ricatte, résistent farouchement à tous les assauts.
Au soir, 57 résistants sont tombés. Les pertes allemandes restent, encore aujourd'hui, sujettes à controverse.
A la faveur de l’obscurité, ordre est donné aux survivants de se disperser.

La bataille de Viombois sonne le glas du GMA-V. Il est dissout quatre jours plus tard.
Certains rescapés rejoindront le 1er Régiment de Chasseurs Vosgiens des Forces Françaises de l’Intérieur (unité créée par le colonel Marlier à la même période que le GMA-V) ou la 2ème DB du général Leclerc qui progresse dans l’ouest des Vosges.
Beaucoup d’autres seront arrêtés en particulier lors de la rafle massive du 24 septembre 1944. Déportés dans différents camps nazis les 2/3 d’entre eux ne reverront jamais les Vosges.



La rafle du 18 août 1944

Le 13 août 1944, le premier parachutage dans le cadre de l’opération « Loyton » a lieu sur un plateau dégagé de la Côte du Mont (88). Son nom de code : « Anatomie ».
Il comprend le Team Jacob du SOE (captain Gough, sergent radio Seymour, capitaine FFI Boissarie), une avant-garde de sept hommes du 2ème SAS commandée par le captain Druce et le Lt Dill, et un stick de cinq hommes du F Phantom commandé par le capitaine Hislop.
Ils sont parachutés en même temps que des containers d’armes, d'équipements et de munitions
Pour récupérer le matériel et guider les paras, environ 150 hommes de la vallée de la Plaine et principalement de la haute vallée du Rabodeau sont là.
Les Anglais sont accompagnés vers leur cache.
Les armes et munitions sont transportées en lieu sûr, à dos d’hommes.

Malheureusement, le parachutage a été repéré par les Allemands.

Le 17 août, une vaste opération est lancée pour récupérer les armes cachées en forêt depuis le parachutage du 13 août, et mettre la main sur les maquisards du GMA-V et les paras SAS qui les ont en charge.
Etonnamment bien informés, les Allemands se dirigent vers les positions, tenues par le maquis.
Bien que prévenu par un garde-chasse, celui-ci tarde à se replier et ne peut éviter l’affrontement. On compte plusieurs morts, blessés et prisonniers, et des effets personnels sont abandonnés.
Parmi ceux-ci deux sacoches d’officiers du GMA-V où, parmi d'autres documents importants, se trouve l' « ordre de bataille » de la centurie de Moussey. Cette liste porte une cinquantaine de noms. La plupart de ces hommes étaient au parachutage du 13 août avec ceux du colonel Marlier.

Le 18 août, une vaste opération de police, alliant Gestapo et Wehrmacht, dont le but est de mettre la main sur les gens des villages qui sont des maquisards : les rescapés de l’opération de la veille et les participants au parachutage du 13 août.
Dans la matinée, à Moussey, le village le plus touché dans cette affaire, les troupes allemandes investissent le village et installent leur quartier général dans la crèche.
Un capitaine (SS Hauptsturmführer) allemand exige dix otages. Jules Py, le maire, huit conseillers municipaux et Achille Gasmann, le curé, se désignent et sont enfermés dans les sous-sols.
Puis, tous les hommes de 17 à 60 ans sont ratissés et amenés dans la cour. Vers midi, faute de trouver des preuves suffisantes, l’officier SS fait relâcher tout le monde.
Entre temps, la fameuse liste évoquée a été découverte et vers 17 heures, tous les hommes sont à nouveau convoqués au même endroit.
52 hommes, dont les cinq gendarmes et les quatre gardes forestiers de Moussey, sont arrêtés et parqués sur place. Ils sont dirigés le lendemain matin vers le camp de sécurité de Schirmeck. Ils subissent là interrogatoires et tortures.
Aucun d'eux ne parle. 35 vont être exécutés au KL Natzweiler, les autres seront déportés.

C’est la première déportation de masse de la vallée du Rabodeau. Il y en aura deux autres.




 

 

In Memoriam

BASTIEN Edmond, Germain 05-oct.-21 St- Dié
COLIN René, Léon 24-oct.-20 St Jean d'Ormont
DURPOIX Louis, Charles 25-août-25 Aillevillers
FARQUE Georges, Paul 23-févr.-27 Nancy
GERARD Marcel 05-janv.-05 Luvigny
HOUTMANN André, Camille 28-avr.-10 Moussey
JACQUOT Georges, Christophe 12-févr.-23 Belval
LALLEMAND Pierre, Alphonse 29-janv.-21 Belval
LASSAUCE Pierre 27-févr.-23 Eloyes
LEONARD Pierre, Georges 14-mai-02 Luvigny
L'HÔTE Louis, Robert 23-août-23 Le Saulcy
LIAUDAT Placide, Joseph 27-août-19 Cognin
LOEWENGUTH Henri, Isidore 27-août-00 Le Saulcy
MARCHAL René, Roger 07-nov.-24 Moussey
MARCHAL Eugène, Jean 24-févr.-23 Belval
MAURICE Georges, Joseph 01-sept.-24 Moussey
MORELLE René, Maurice 14-août-11 Nord (pupille de l'assistance publique)
ODILLE Fernand, Charles 13-avr.-23 Moussey
PARISSE Charles 19-sept.-05 Vexaincourt
PIERREL René 14-juil.-25 Raon les Leau
RAPPENECKER Charles 09-mai-15 La Walck
REMY Robert, Albert 22-juin-16 Darney
ROPP André, Louis, Ernest 19-mai-24 Senones
RUFFENACH Jean 26-oct.-27 Petite-Raon
STOERKEL Charles, Alphonse, Pierre 27-août-26 Senones
SUBLON Emile, Jean, Baptiste 21-mars-12 Moussey
SUBLON Lucien, Charles 19-oct-99 Moussey
TEYBER Joseph 09-juin-13 Rombach le Franc
VALENTIN René, Charles 03-févr.-01 Vexaincourt
VAUTHIER Raymond 06-juil.-14 Moussey
VERGOBBI Arthur 17-juil-97 Besano
VERGOBBI Jacques, Félix 20-mars-25 Moussey
VINCENT Louis 08-juil.-10 Grandfontaine
VINCENT Pierre, Constant 25-sept-99 Raon les Leau
ZABE René 18-févr.-22 La Wantzenau


Reportage sur la cérémonie du 31 août 2014 - Réseau Alliance et GMVA

Sources :
Gérard Villemin : Résistance et déportations dans la vallée du Rabodeau.
Liliane Jérome.
Crédits photos : DAVCC. Collections familiales. DR.