Le réseau Alliance.


Le réseau Alliance est créé en août 1940. La France, défaite militairement en juin par l’Allemagne nazie, a vu son territoire démantelé. A ce stade, la résistance est avant tout un ensemble d’initiatives diverses, souvent individuelles, encore hésitantes.

Dans ce contexte, deux personnalités encore inconnues, le commandant Georges Loustaunau-Lacau et Marie-Madeleine Fourcade, ont l'idée de créer un réseau qui se chargera de transmettre des renseignements aux Britanniques et aux Français Libres.

Baptisé « Alliance », surnommé l’Arche de Noé par les nazis parce que ses membres ont pour pseudonyme des noms d’animaux, ce réseau est relié à l’Intelligence Service (services secrets britanniques) en 1941. En 1943, Alliance compte environ 3 000 membres, dont un quart sont des femmes.


Spécialisé dans le renseignement
, le réseau organise aussi une filière d'évasion et d'exfiltration pour les aviateurs alliés abattus, les personnalités et les hommes désireux de poursuivre le combat aux côtés des Alliés.

Signe des difficultés logistiques auxquelles se heurte la résistance, Alliance ne reçoit son premier poste de radio qu'en avril 1941. Mais à l'automne 1941, six radio-émetteurs fonctionnent, puis une cinquantaine en 1943.

Les principaux renseignements fournis par le réseau Alliance concernaient les mouvements des sous-marins allemands dans le cadre de la Bataille de l’Atlantique, des informations sur les nouvelles armes allemandes,

le positionnement des bases de lancement des fusées V1 et V2 et des défenses côtières sur le littoral l’Atlantique en prévision du débarquement.


A partir de 1943, la répression s’abat sur Alliance.
Excédés par le travail très efficace du réseau, les Allemands mettent de gros moyens en œuvre pour le démanteler : Abwher (contre-espionnage), Gestapo (police secrète d’Etat), SD (service de sécurité de la SS) conjuguent leurs efforts. Avec l’aide de deux « taupes » infiltrées dans Alliance, ils portent des coups sévères à ses membres.

En juillet 1943, Loustaunau-Lacau est déporté au camp de concentration de Mauthausen (Autriche). Marie-Madeleine Fourcade le remplace et devient la seule Française chef d’un réseau de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.


Le bilan est lourd : un millier de résistants du réseau Alliance sont arrêtés au cours de la Seconde Guerre mondiale. 439 d’entre eux sont assassinés par les nazis.

Le massacre des membres du réseau Alliance au KL Natzweiler.

Au printemps 1944, des membres du réseau Alliance, arrêtés par les Allemands, sont envoyés au camp de nazi de «  rééducation » de Schirmeck, en Alsace annexée. Ils sont tous classés Nacht und Nebel, destinés à disparaître sans laisser de traces.
Les hommes sont enfermés à la prison du camp (Bunker) et au block 10, les femmes dans le garage.
Il n’existe aucun témoignage sur la vie des détenus au bunker et au garage, puisqu’aucun d’entre eux ne survivra. En revanche, le docteur Jean Lacapere, unique homme rescapé du réseau à Schirmeck, a laissé un témoignage sur la vie au block 10. Il y décrit les conditions d’incarcération très dures des membres du réseau : isolement total, interdiction de communiquer même à l’intérieur du camp, privation de nourriture, envoi au cachot, coups et brimades multiples.
A la fin août 1944, les membres d’Alliance s’attendent à quitter Schirmeck : les Alliés approchent et des gardiens ont évoqué un repli du camp. Mais ils ne savent pas que dès le mois de mai, un ordre de Berlin a signé leur arrêt de mort.
Le 1er septembre au soir, ils quittent le camp, mais sans bagages. Une camionnette les emmène par groupes de douze et jusqu’à l’aube, elle revient toutes les deux heures.
Conduits au camp de concentration de Natzweiler Struthof, situé à dix kilomètres de Schirmeck, ils y sont tous exécutés sans exception. Le déroulement de l’exécution n’est pas connu. Seule une enquête effectuée après-guerre a permis de retracer les faits.
Le bruit des coups de feu a été nettement perçu par les déportés de plusieurs baraques du camp. Ces coups assourdis semblaient venir d’un local fermé.
Un gardien du Struthof interrogé dès 1945 déclara avoir trouvé des flaques de sang dans un local (la morgue) situé au-dessous du four crématoire et confirma le massacre.
Dans ce même local, des médecins légistes constatèrent sur le sol la présence d’impacts provenant de projectiles tirés par une arme à feu. Après démontage d’une grille encastrée dans le sol, ils retirèrent une sorte de panier métallique qui contenait encore du sang caillé et, dans ce caillot, une balle de revolver aplatie par le choc contre un corps dur.
Enfin, les habitants de la vallée et les premiers éléments de reconnaissance des troupes alliées ont vu la cheminée du four crématoire fumer plusieurs jours à la suite de la tuerie, tandis qu’un déporté du camp, Max Nevers, a aperçu brièvement les SS se livrer à leur sinistre besogne de crémation.

A partir de ces différents éléments, les enquêteurs ont pu retracer le déroulement du drame :
Parvenus au Struthof, déshabillés dans les vestiaires du block crématoire, les hommes et femmes du réseau Alliance ont été conduits, sous le prétexte d’une désinfection, dans la morgue. Ils furent étendus sur le sol, puis exécutés d’une balle dans la tête. Leurs corps furent ensuite brûlés.

Le SS Karl Gehrum, chef de l’Abwehrstelle III (service de renseignement et de sécurité militaire nazi) de Strasbourg, avoue après son arrestation :

«Aux mois d’avril, mai, juin, juillet et août 1944, des personnes appartenant au groupe Alliance sont arrivées par convois de trente à quarante à Strasbourg.
Par manque de place dans les prisons du Reich et pour les conserver à notre disposition, l’Abwehrstelle de Strasbourg a transféré ces groupes au camp de Schirmeck. En juin, dix de ces personnes ont été […] transférées à Wolfach. Le  restant, soit 108 personnes de l’Alliance, a été transféré au Struthof.
Deux jours plus tard, le chef de camp de Schirmeck, le nommé Buck, m’a confié que toutes avaient été tuées au Struthof d’une balle dans la nuque et brûlées par la suite au crématoire, travail qui a duré en tout deux jours et je n’ai eu connaissance de ces faits que par les déclarations de Buck ».

Informations extraites de L’Arche de Noé de Marie-Madeleine Fourcade, Fayard,1968 et Mémorial de l’Alliance de l’Association Amicale Alliance.

Les agents du réseau Alliance assassinés dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944.

ALLIMES (DUJAT DE) André 02/11/1905
ARNOUD Georges 19/05/1918
AUGUSTIN Edith 24/07/1895
AUTRAN Jean 18/03/1901
BABAZ Robert 15/07/1924
BATTU-BORDES Christiane 02/09/1910
BERSON André 11/10/1923
BERTHOMIER Pierre 18/07/1910
BLANDIN Auguste 06/05/1898
BOILEAU Charles 07/05/1911
BONNET Emile 15/07/1889
BRES Raoul 28/02/1893
BROUILLET Marguerite 28/11/1902
BRUN Aimé 14/04/1900
CAMARET Joseph 14/05/1889
CANIVET Nestor 28/09/1907
CARDINEAU Suzanne 11/06/1916
CHANTREL Henri 22/05/1880
CHANTREL Paul 25/11/1913
CHAPELEAU Maurice 30/09/1914
CHAPERON Jacques 28/01/1891
CHAPPEAU Jacques 31/12/1914
CHAUDIERE Jean 30/07/1897
CHAUVEAU Louis 01/10/1886
CHEREAU Dorothée 26/10/1899
CHEREAU Jean 25/05/1898
CHEVRE René 21/01/1921
COINDEAU Yvonne 17/09/1908
COLLARD André 08/02/1920
CULOT Frédéric 28/10/1896
DAVOUST Gilbert 23/08/1924
DELLILE Roger 27/01/1917
DELMAS Franck 11/01/1900
DIEDERICHS Charles 24/08/1923
DUPRAT Jean 03/04/1901
EMONIN Georges 11/03/1902
EMONIN Marcelline 06/04/1905
FAYOLLE Pierre 16/05/1919
FERRAND Bernard 20/01/1900
FONTAINE Jean 06/04/1908
GABRIELLI Dominique 07/03/1924
GARDES Franck 05/06/1920
GILLAIZEAU Justinien 28/02/1880
GILLET Léon 28/09/1875
GILLET Maurice 21/08/1914
GIRARD Etienne 01/04/1888
GLEVAREC Emile 06/05/1919
GRAVOT Louis 06/02/1909
GUEZENNEC Pierre 09/01/1899
GUEZENNEC René 25/06/1905
GUILET Georges 25/01/1902
GUINEL Edouard 16/09/1904
HAVART Roger 20/02/1922
ICHON Henri 21/05/1893
IMBERT Jacques 31/03/1921
JABA Edmond 04/07/1917
JOB Marguerite 09/03/1875
JOYON Victor 09/04/1903
KIFFER Jean 01/10/1913
KOENIGSWHERTER Philippe 21/07/1918
LABALLEC Louis 08/03/1894
LABAT Paul 08/01/1900
LE MEUR Louis 12/06/1917
LE NEVE Raymonde 29/07/1910
LE TULLIER Pierre 26/07/1914
LECLERCQ Francis 12/04/1914
LEFEBVRE Jean 18/08/1921
LEFEVRE Raymonde 09/05/1907
LEGRIS Albert 12/04/1885
LEGROS Yvette 05/03/1900
LEMEDIONI Marcelle 24/03/1921
LOUE René 29/03/1920
LOUYS Louis 08/08/1913
MACHIN Jean 28/01/1923
MAISTRE Jeanne 18/04/1895
MASIN (DE) Léonce 12/01/1911
MATRINGE Pierre 07/10/1916
MAZEAU Martial 03/01/1891
MENGEL Paul 14/09/1907
METAYER Jean-Baptiste 25/06/1891
MOUTRON André 18/03/1923
MURIEL Georges 30/09/1914
PALLEGOIX Pierre 04/08/1899
PERROT Paul 26/01/1889
POTTIER Léon 24/07/1907
POUPEAU Martial 28/05/1893
POURCHIER André 01/06/1897
RAISON Jean 08/11/1915
RAULO Armel 21/05/1917
RAULO Paul 06/08/1918
REGENT Auguste 14/08/1909
RENOU Gabrielle 10/03/1923
REZEAU Fernand 01/03/1891
ROQUET Albert 07/07/1903
ROUDAUT Georges 17/03/1906
ROULLET Yann 15/02/1915
SAINT-JOUAN Mathieu 11/04/1884
SEYDOUX Roland 05/09/1917
SICRE Louis 08/02/1922
STOSSKOPF Jacques 27/11/1898
TILLET Clémence 16/03/1881
TILLET Eugène 08/11/1873
TRUFFAUT Jean 03/03/1922
VANDAAM Frédéric 27/12/1920
VIELJEUX Léonce 12/04/1865
YVINEC Fernand 17/03/1920


Reportage sur la cérémonie du 31 août 2014 - Réseau Alliance et GMAV.


Plaque du souvenir apposée dans le block crématoire du KL Natzweiler.

 

In memoriam