Alfons CHRISTMANN

L'évasion du 4 août 1942

Le 4 août 1942, cinq déportés, Martin Winterberger, Joseph Mautner, Karl Haas, Joseph Cichosz et Alfons Christmann se lancent dans l’une des plus spectaculaires évasions d’un camp de concentration.
L’évasion ne part pas du camp mais de l’auberge du Struthof où un kommando de déportés travaille au service des SS. Le site est entouré de barbelés et de postes de gardes.
Après avoir coupé les lignes téléphoniques, volé deux uniformes SS, saboté les véhicules de la Kommandantur, ils montent à bord de la voiture du chef de la Bauleitung et franchissent au culot le portail de l’auberge du Struthof.
La fuite est facilitée par la présence au sein du groupe d'un Alsacien, Martin Winterberger. Il connait parfaitement le secteur et a des relations derrière la frontière de l'époque.
Après un très long périple, quatre des évadés parviennent à rejoindre l’Angleterre ou l’Afrique du Nord d’où ils reprennent le combat contre les nazis. Ils survivront à la guerre.
Seul Alfons Christmann sera repris.

Alfons Christmann

Alfons est né le 3 avril 1900 à Lodz (Pologne).
Avant son arrestation, il vit à Berlin où il exerce la profession de marchand de tissus.
Il est interné au camp de concentration de Sachsenhausen le 15 février 1940 comme « Ausweishäftling » (sans-papiers) avec le matricule 20010.
Le 23 mai 1941, il fait partie du deuxième convoi à arriver au KL Natzweiler. Il y reçoit le matricule 167. Il est nommé Kapo de la blanchisserie des SS.

Au cours de l’évasion du 4 août 1942, pris de peur lors d’un contrôle de la gendarmerie française en zone occupée, il se sauve et perd le contact avec ses camarades.
Alfons poursuit seul son chemin vers le sud, bénéficiant apparemment, comme ses compagnons, de l’aide de la population locale.
Il parvient à Delle, dans le Territoire de Belfort, près de la frontière suisse où il séjourne, attendant probablement une opportunité pour passer la frontière. Son comportement finit par attirer l’attention. Signalé à la police allemande par un soldat de la Wehrmacht, sans papiers, Alfons est arrêté et incarcéré. Connaissant le sort destiné aux évadés des camps de concentration, il dissimule pendant plusieurs semaines son identité à la Gestapo. Finalement identifié, il est renvoyé à Natzweiler.
Il est accueilli à la gare, sous les injures et les coups, par le commandant du camp en personne, Josef Kramer.
Il est immédiatement affecté à la compagnie disciplinaire du camp.
Les SS cherchent à connaitre les détails de l’évasion et surtout l’identité des personnes ayant aidé Alfons dans sa fuite.
Les prisonniers qui ont participé en interne aux préparatifs de l’évasion, redoutent qu’Alfons ne parle.
Il est interrogé journellement.Christmann, sachant que son sort est scellé, se tait. Etrangement, il n’est ni battu et encore moins torturé.

L'exécution

Le 5 novembre au matin, une potence est dressée pour la première fois dans l’enceinte du camp.
L’attitude des SS a changé. Avec virulence, ils annoncent à Christmann sa sanction : il va être pendu pour son évasion et pour pillage et vols lors de sa fuite.
Sa demande d’écrire une dernière lettre à sa mère est rejetée. Désespéré, il tente de se suicider en se jetant tête la première contre une fenêtre. Sa tentative échoue.
Vers 17h00, la nuit tombe. Sous la lumière froide des projecteurs, les déportés, rentrant du travail harassés, sont rassemblés pour l’appel. Ils sont surpris par la potence qui leur fait face.
Alfons Christmann est extrait du block 1. Il gravit avec dignité les marches qui mènent sur la caisse de la potence. Un SS lui passe la corde autour du cou.
Kramer, le commandant du camp, lit la sentence signée d’Himmler et fait signe d’actionner le mécanisme de la trappe mais ce dernier ne fonctionne pas.
Les SS font descendre Alfons de la potence et vérifient le fonctionnement.

Pour la seconde fois, Christmann remonte sur la potence et crie à l’adresse de Kramer « Sache que tu commets un crime, car j’ai été emprisonné ici en violation des droits de l’homme et des peuples ».
Le bourreau appuie à nouveau sur la pédale du mécanisme qui, à la stupeur générale, ne fonctionne toujours pas.
Des murmures s’élèvent des rangs des déportés. Kramer hurle : « De ceux qui osent murmurer, je vais encore en faire pendre mille ! »
Pour la troisième fois, le bourreau passe la corde autour du cou d’Alfons. Extrêmement courageux, il s’adresse à nouveau à Kramer : « Après moi, tu seras aussi pendu par les Anglais ou les Russes ! Adieu Kramer ! »
Cette fois ci, la trappe s’ouvre. Il est 17h30.
Le médecin du camp constate la mort à 18h10.

Alphons Christmann est le premier évadé pendu publiquement au KL Natzweiler.



Ses dernières paroles sont prémonitoires, puisque Kramer sera effectivement pendu par les Anglais trois ans plus tard, le 12 décembre 1945.

Sources : archives CERD-Struthof. ITS Bad-Arolsen. « Du Struthof à la France Libre » de Charles Béné. Imprimerie Fetzer. 1968.