Accueil > Regard sur ... > Roger LIOT, Luxembourgeois, Résistant Déporté

Roger LIOT, Luxembourgeois, Résistant Déporté

     

Dès l’âge de 16 ans, je suis engagé par les organisations luxembourgeoises de la Résistance qui pour protester contre l'occupation par l'Allemagne nazi  ont réalisé un photo – montage : la tricolore luxembourgeoise en haut de l'image,  la Grande-duchesse Charlotte devant le pays posé à travers. J'avais déjà effectué 20 000 copies et déjà distribué et vendu la plus grande partie quand la Gestapo m'arrêta, le 4 novembre 1941, dans ma maison natale à Luxembourg-Ville. J'ai dû admettre la confection de 5 000 copies, J'avais caché le cliché original dans un bureau (les policiers allemands ont cherché pendant des heures et ont retourné notre appartement de haut en bas sans rien trouver) la suite c'est un séjour dans la Villa Pauly (siège de la Gestapo) et relâché le 18 novembre. Arrêté une deuxième fois le 29 novembre 1941 : Villa Pauly  et dans la Prison du Grund, à Luxembourg. En mars 1942 j'ai reçu le Schutzhaftbefehl (ordred’emprisonnement préventif). Je restais emprisonné jusqu'au 6 janvier 1943 (pendant trois mois, isolé dans une cellule (Einzelhaft).
Je suis transféré le 6 janvier 1943 au KL-Hinzert, seul à l'arrière dans un camion avec un soldat de la Wehrmacht, qui me demande : « quel âge as-tu ? » Je réponds « 17 ans ».  Il me tend une tartine beurrée double, ensuite il me promet d'informer mes parents.
La dépersonnalisation au camp commençait par l'inscription, changement de nos habits, ensuite il fallait raser tout le corps et ceci avec un rasoir usé, ensuite aux douches avec de l'eau alternativement brûlante et froide. Après, il fallait coudre notre  numéro matricule, (le N° m'échappe) et un triangle rouge sur notre veste et en haut sur la jambe droite du pantalon. Interrogatoire et l'attribution d'un lit qu'il fallait faire minutieusement suivant leurs prescriptions. Explication des prescriptions internes des blocs et du camp. Tout déplacement dans le camp et dans les kommandos devait se faire au pas de course. En entrant dans la salle à manger, il fallait attraper une gamelle et attendre l'ordre : « Commencez ! » Chaque jour plusieurs détenus étaient punis pour des raisons minimes. Chaque jour il y avait des morts. Les rassemblements, au grand complet sur la place centrale, se répétaient plusieurs fois par jour et duraient parfois plusieurs heures.
Le 26 janvier 1943, transfert au KL-Natzweiler : Arrivée à la Gare de Rothau, entassé dans un camion et transporté au Struthof. Les tortures commençaient par l'inscription, bloc d'habillage, il fallait changer nos habits et au préalable vider toutes les poches. La même procédure qu'au KL-Hinzert commençait pour coudre le N° 2 291 avec triangle rouge. Prescriptions internes et externes. Pas de différence aux tortures journalières du KL-Hinzert. La dégradation par les SS était des pires dans ce camp. Je suis affecté comme Kalfaktor (homme à tout faire). Le jour de Pentecôte, il fallait transporter les matières fécales en simples caisses de bois des toilettes pour les déverser dans le bois aux environs de la demeure du commandant du camp. Un jour, je fus appelé auprès du Schutzhaftlagerfuhrer (commandant du camp de détention de prévention) qui m'a demandé si j'ai donné une cigarette à un autre détenu, ma réponse était négative, il me giflait de gauche à droite, trois fois de suite, (j'avais donné effectivement une cigarette à un autre détenu) punition pendant dix dimanches à travailler dans un kommando de la carrière.
En juin 1943, transfert dans le camp annexe du KL-Natzweiler à Ellwangen dans la région de Stuttgart. Affecté dans un kommando de construction d’un stand de tir. Le 17 janvier 1944 nous sommes transportés à Rothau et entassés dans des wagons à bestiaux. Direction la Bavière, au KL-Flossenbürg. Tout de suite, rassemblement sur la place de l'appel.
Après, les tortures continuaient par la procédure d'inscription, rasage, attribution du N° 2 088, douche etc.…
Quelques jours plus tard, le 20 janvier 1944, transfert vers le camp annexe du KL-Flossenbürg à Johanngeorgenstadt.
Le 16 avril 1945, évasion avec deux autres luxembourgeois par la porte d'un train en marche et cachés dans la forêt proche du camp. Ensuite, hébergé pendant quelques jours par deux familles différentes et même dans une cabane dans le bois occupé par des Tziganes.
Le 8 mai 1945, c’est la fin de la guerre, retour par le train jusqu'à Karlsbad-Eger, ensuite avec un camion plein d'Anglais jusqu'à Wurzburg, et par le train vers le Luxembourg. Je suis arrivé le 20 mai, le dimanche de la Pentecôte, à Luxembourg.
J’ai été interné du 29 novembre 1941 au 20 mai 1945 : trois ans quatre mois et neuf jours.

Après la guerre, j'ai recommencé et achevé mes études. Ensuite je me suis fait embaucher par la société sidérurgique ARBED comme employé de bureau.  En 1982, je quittais la firme comme chef de bureau pour une retraite bien méritée.

Ma vision : vu que j'ai eu un père français, dans notre famille il n'y avait aucune sympathie pour une Allemagne nazie. Le seul mot pour les Allemands était : « sales boches ». Après la guerre, j'ai su que je possédais deux nationalités, française et luxembourgeoise.
Bien que l’Allemagne soit devenue après guerre un pays démocratique, je n’ai jamais eu l’intention d’y retourner, et maintenant avec mes 85 ans, la question ne se pose plus.

Mon message à la jeunesse : Veuillez vous battre avec toutes vos forces contre l'oubli de ces atrocités pendant la dernière guerre et que ça ne recommence plus jamais.

Roger LIOT. Luxembourgeois.
Résistant. Déporté.

  Haut de page