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Pierre ROLINET, Résistant, Déporté

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Après la débâcle de 1940, j’avais 18 ans, j’ai repris mon travail à l’usine Peugeot.
En 1942, j’ai pris contact avec la résistance et refusant les contrats de travail en Allemagne, j’ai été obligé de quitter l’usine.
En mars 1943, concerné par le service du travail obligatoire, j’ai simulé un faux départ et changé d’identité : fausse carte au nom de Pierre GEORGES. J’ai pris un poste de surveillant dans un lycée et participé à la formation d’un groupe de résistance : Organisation Civile et Militaire de Glay.
Alors que nous transportions des armes, le 27 novembre 1943, nous avons été arrêtés et emprisonnés à Montbéliard (Doubs), puis à Besançon où fin décembre, nous fûmes condamnés à mort.
Non exécutés, le 1er avril 1944 nous avons été transférés à la prison et le 14 avril déportés au KL-Natzweiler et classés « Nacht und Nebel ».
En raison de l’avance des Alliés, le camp est évacué. Je suis transféré au KL-Dachau et ensuite au Kommando d’Allach.

Je suis libéré par les Américains, le 30 avril 1945. Le camp est mis en quarantaine en raison d’une épidémie de typhus.

Je ne suis rentré à la maison que le 27 mai 1945.

J’ai été élevé dans une grande défiance envers l’Allemagne qui était l’ennemi de la France. Mon père, ancien combattant, me parlait de cette guerre 14/18 si meurtrière.
Après tant de souffrances, nous espérions tous que ce serait la dernière.
Jeune, absorbé par mes études, mon travail, j’étais peu informé des évènements de cette époque en Allemagne. Nous faisions confiance à nos dirigeants et aux diverses organisations comme la Société des Nations pour résoudre les problèmes.

Mes premiers contacts avec des Allemands furent avec les soldats d’occupation.
Nous devions travailler pour l’Allemagne, subir les arrestations autour de nous, être rationnés et privés de liberté.
C’était très difficile à vivre, malgré l’espérance que nous avions de la victoire finale, grâce à l’action des Alliés.
Dès que j’ai pu avoir des contacts avec les organisations de résistance dans la région, je me suis engagé.
Après mon arrestation, étant considéré comme terroriste, mes contacts avec les SS, responsables des prisons et des camps, furent exécrables.
Je ne comprenais pas comment l’Allemagne, peuple civilisé, avait pu organiser un tel génocide, et créer une véritable industrie de la mort. Pourquoi une telle infamie a toujours fonctionné sans réaction de tous les intervenants et surtout de la   majorité du peuple allemand (fanatisé sans doute par le racisme et se considérant comme une race supérieure) et qui pourtant ne pouvait ignorer ce qui se passait.

Après la guerre, espérant que tous les Allemands n’étaient pas des nazis, je pensais qu’il fallait absolument se réconcilier et je me suis engagé dans cette voie, favorisant même certains contacts. Gardant toujours le souvenir, mais sans jamais pardonner. Je reste toujours disponible pour des rencontres en particulier «  d’œuvres de Mémoire ».

Les années ont passé, après toutes les souffrances endurées par nos deux peuples, les mentalités ont relativement changés. Nous nous connaissons mieux. Malgré nos particularités, il devient possible de collaborer et surtout de s’entendre. Ce qui ne veut pas dire oublier, mais œuvrer pour des buts communs : le respect, la liberté et la paix.

J’ai toujours approuvé la création de l’Europe, nous sommes sur un continent, séparés par les frontières dont certaines ont sans cesse évolué après des siècles de combats, d’incompréhension et de haine.
Notre génération, dans un esprit de liberté et de respect, profitant de l’expérience du passé, des avancées techniques et matérielles, réussit actuellement à maintenir la paix et la confiance entre nos peuples et faciliter les échanges pour le bonheur de tous.

Jeunes de tous les pays, en visitant ce camp de concentration et le Centre européen du résistant déporté, vous venez de voir et j’espère de comprendre comment un peuple, fanatisé par un régime extrémiste, s’est laissé entrainer vers la déchéance.
Déportés, nous avons connu le pire venant de la part des SS et aussi de l’organisation des camps.
Malgré tous les sévices et les conditions de vie infernales et épouvantables, nous avons su garder entre nous une dignité, une humanité, une fraternité et une solidarité incroyables qui ont permis à certains de subsister et de pouvoir témoigner.
N’oubliez jamais ce que nous avons vécu. Il existe encore des foyers de haine et de xénophobie.
Soyez vigilants, préservez la Mémoire et les commémorations.
Poursuivez notre lutte contre les idéologies extrêmes pour un monde de paix et de bonheur.

Pierre ROLINET
Résistant, Déporté

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