Max NEVERS

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Max Nevers, Nach Natzweiler[1], déporté NN matricule 4585.

Il décède le 11 novembre 2009, une rue est baptisée en son nom à Amboise (37). Né en 1920 dans l’Yonne, Max Nevers est devenu boucher-charcutier, à Dijon. En 1940, il est mobilisé dans l’infanterie. Il entre dans la Résistance dans l’Yonne en janvier 1941, au sein des FTPF. Il devient rapidement chef du réseau de son département puis de la Côte d’Or et d’une partie de l’Aube. Préparant une action de sabotage des voies de chemins de fer du PLM, il est arrêté avec d’autres camarades et envoyé à la prison de Dijon pour huit mois avant d’être transféré au camp de Natzweiler via le fort de Romainville, où il est co-détenu avec un professeur d’allemand qui lui en apprend les rudiments. Il est transféré au camp de Natzweiler par le convoi de NN français du 15 juillet 1943.

Il raconte ici quelques moments de la vie des déportés NN au camp.

« Ils ont reçu l’ordre de nous envoyer à Natzweiler (…) on croyait être sauvés... [En arrivant à Rothau], on a remarqué que tous les volets étaient fermés (…). Nous avons été accueillis par Kramer [NDLR : le SS Lagerkommandant du camp] et descendus près du crématoire. Douche, fouille au corps, puis on nous a donné une culotte et un chemise sans col, une paire de claquettes en bois. Nous avions de la peinture phosphorescente rouge, d’autres jaune, sur le bras, sur la culotte, dans le dos une croix et NN, Nacht und Nebel. Ensuite un schreiber [secrétaire] a noté : « Max Nevers, matricule 4585 ». Je n’étais plus qu’un numéro. (…) Dans le bloc, j’ai retrouvé des camarades de la Résistance. Certains étaient envoyés à la Kartoffelnkeller, la cave à pommes de terre, et à la carrière. Quand on les a vus revenir, on s’est dit « c’est pas possible… », la moitié des camarades portait l’autre moitié qui n’avait pas tenu le coup. Le soir, je suis allé voir un camarade, Roger Linet, en lui demandant depuis combien de temps il était là. « Quatre jours ». « Déjà dans cet état là ! ? » « Oui, on porte des pierres sur notre dos, le soleil frappe dans la carrière. Ce s….de SS Ehrmanntraut urine sur les gars qui sont à terre… » (…) J’ai fait partie d’un kommando d’une soixantaine de camarades, à l’intérieur du camp, devant une grande butte. On avait des brouettes, on piochait, on chargeait de pierres et on les déversait dans un ravin. On devait faire une terrasse. Je me suis rappelé ce que m’avait dit Willy Behnke [NDLR : l’un des premiers déportés allemands du camp de Natzweiler-Struthof] : « Essaie d’économiser tes forces, mais il faut toujours remuer…et travailler avec les yeux, regarder où sont les SS. Quand le SS arrive, tu pioches » Le premier jour, une trentaine de gars étaient parterre, comme morts. (…) Un jour, j’ai dit à un jeune camarade qui était à la brouette de faire attention, de se cramponner pour ne pas tomber…il a été poussé dans le ravin, j’ai réussi à le rattraper mais ils ont tiré, il a été touché au côté. Il a repris sa brouette et m’a dit : « ils ont dû me toucher, ça me brûle ». C’était une petite heure avant la fin du travail. Le soir, on l’a ramené au bloc avec un copain et on l’a montré aux docteurs [NDLR : eux aussi déportés], le Dr Chrétien et le Dr Boutbien. On n’avait pas le droit au Revier (l’infirmerie). Chrétien a fait chauffer un morceau de fer et a retiré la balle. (…) Après quatre ou cinq mois dans ce kommando, on a vu arriver un jeune SS avec un décoration pour son combat sur le front de l’Est. Il nous a regardé et dit au SS Fuchs qu’il n’acceptait que nous travaillions dans ces conditions…Fuchs l’a engueulé, il a été renvoyé du camp, on ne l’a jamais revu. »

Chemins de la mémoire Septembre 2003 [1] « Destination : Natzweiler ».

Extrait du témoignage oral de Max Nevers, ancien déporté français NN du camp de Natzweiler, président de l’Amicale du Struthof, enregistré le 26 juin 2003