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Louis HUBERT

     

Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.

Je suis né le 13 avril 1917 à Berdorf (Luxembourg)
Le 19 mai 1942, je suis arrêté par les Allemands alors que je travaille dans les champs de mes parents à Berdorf. Après un bref séjour dans la Villa Pauly (siège de la Gestapo) et dans la Prison du Grund, à Luxembourg-Ville.
Le 21 mai 1942, je suis transféré au  KL-Hinzert. Le KL-Hinzert ou SS-Sonderlager (camp spécial) Hinzert ; aucune importance. C'est un lieu de torture. Dès l’arrivée au camp, la dépersonnalisation commence par l'inscription, le changement de nos habits, le rasage de tout le corps le corps et ceci avec un rasoir usé - résultat : moi-même et tout le monde avons la peau ensanglantée. Ensuite aux douches avec de l'eau alternativement brûlante et froide. Je dois coudre le matricule 4 044 avec un triangle rouge sur ma veste et en haut sur la jambe droite du pantalon. Au bout de six jours, je suis affecté au kommando extérieur Maria-Hûtte près de Reinsheim. Déchargement des wagons avec des pierres, ciments, chaux et sable. Ce travail dure jusqu'à 17 heures sur place. Plus tard, je suis affecté au kommando Gusterath. Tout le travail à faire dans ces deux kommandos est une torture impossible à décrire.
Le 26 janvier 1943, transfert au KL- Natzweiler. Les « formalités » d’arrivée sont les mêmes qu’à Hinzert. Surprise pour les surveillants de me voir sortir un chapelet de ma poche. Le SS présent le prend et le jette dans la corbeille à papier et il crie « ne crois pas que cet engin peut aider à sortir d'ici » et il me gifle à gauche et droite. Le sang gicle partout. Les copains me traînent vers la douche. Je suis maintenant le matricule 2 266 avec triangle rouge. Pas de différence aux tortures journalières du KL-Hinzert. La SS qui avait affiné ses méthodes pour dégrader l'homme en le terrorisant, l'insécurisant, l'affamant.
Le 01 juillet 1943 un nouveau kommando de cent hommes est créé. Transport à Ellwangen, dans la région de Stuttgart, camp annexe de Natzweiler, pour y construire un stand de tir. Le premier jour, pendant l'appel, les SS remarquent qu'il manque un détenu et je suis accusé en tant que kapo de l'avoir aidé à fuir. Punition pour moi avec internement dans mon bloc, avec surveillance par un SS avec fusil prêt à tirer, jusque tard dans la soirée, sans recevoir la moindre nourriture. Le fuyard est retrouvé le lendemain et réintégré dans le bloc et dans le kommando, mais seulement pour un jour. Tout le kommando est transféré au KL-Natzweiler.
Le 19 janvier 1944, transfert au KL-Flossenbürg en Bavière. Matricule 1 852. Affecté au block 21. Le lendemain, constitution d'un kommando extérieur de quinze hommes dont je fais partie, direction la localité de Krondorf pour poser une conduite d'eau.  A ne pas oublier que c'est un hiver très rigoureux. Nous devons creuser des tranchées jusqu'à une profondeur de trois mètres. Comment sécher nos habits détrempés ? La seule nourriture : une soupe à l'eau (Steckriibensuppe) et quelques grammes de pain. Mes parents m’envoient parfois un paquet. Il n’arrive pas toujours indemne, dans mes mains. Mais je partage toujours avec mes compagnons. Le 3 janvier 1945, je suis affecté à un autre kommando : construction avec 115 compagnons d’un hall de 110 mètres de longueur. Le 1er avril 1945, dissolution du kommando. L'armée américaine est à vingt kilomètres.
Le 6 avril 1945, les SS décident d'évacuer le camp. Entassés dans deux wagons, nous avons roulé à peine deux heures lorsqu’ une attaque aérienne fait arrêter le train. Les SS disparaissent. Après plusieurs attaques, la locomotive rend l'âme. Les SS reviennent, avant de disparaître définitivement, ils nous font descendre pour continuer à pied. Au premier village tous les détenus entrent dans les maisons pour manger quelque chose. Je continue à marcher tout seul. Le matin, les Américains arrivent. Ils nous donnent du pain et demandent que tous les anciens déportés sortent des rangs. Le 11 avril 1945, je suis évacué. Le camion qui me prend en charge est plein d'anciens prisonniers belges. Les luxembourgeois, tous enrôlés de force, m'ont donné un petit cahier dans lequel tous leurs noms et adresses sont marqués. Cahier que j'ai toujours en ma possession.
Le 5 juin 1945, un autocar vient chercher les Luxembourgeois pour le retour au pays. Arrêt à Luxembourg Ville. Nous recevons des formulaires et cartes de rapatriement et on nous fixe un rendez vous avec les services de la Croix-Rouge. Là je reçois deux paires de socquettes, deux caleçons, une chemise, un pantalon et une veste. Je passe la nuit auprès de ma famille à Luxembourg Ville. Mon retour est signalé dans toute notre famille. J’arrive le 6 juin 1945 à Berdorf par le train. De ma maison il ne reste que des ruines. Mes parents et mon frère habitent dans la maison voisine, décorée de fleurs pour mon accueil.

Quelques jours après mon retour, j’ai trouvé un emploi fixe auprès de la Poste luxembourgeoise comme facteur, jusqu’à ma retraite le 1er mai 1977.
De 1977 à avril 1999, j’ai fait fonction de porte-drapeau de notre Amicale des anciens de Natzweiler-Struthof.

Pour moi,  l’Allemagne entière était attirée par les propos d’Adolf Hitler uniquement pour l’argent : du travail pour les hommes et une allocation pécuniaire pour les femmes ayant des enfants. Tous les opposants se retrouvaient dans les KL, comme Dachau dès 1933.
Aujourd’hui, l’Allemagne est un pays démocratique et a contribué largement à la construction de l’Europe.

A la jeunesse, je dis «Veillez à ce qu’une telle guerre, avec ses atrocités, ne se reproduise plus jamais».

Louis HUBERT. Luxembourgeois.
Résistant. Déporté.

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