Les textes sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs.
Ils traduisent des points de vue personnels et divers.
Né en 1927 j’avais 13 ans quand la guerre a commencé, 18 ans en 1945. En Moselle, école allemande subie, puis en 1943 déporté avec ma famille comme politiquement suspect et ennemi du IIIe Reich. Refus de participer aux « Jeunesses Hitlériennes » etc... Incarcéré en camp spécial sous la férule des SS » « Têtes de mort », j’ai durant ce temps été affecté aux tâches réservées aux sous-hommes « esclaves » du IIIe Reich.
L’arrogance raciale du nazisme, la répression, le lavage de cerveau nous faisaient haïr tout ce qui était allemand. Elevé dans une ferveur patriotique à l’égard de la France, l’Allemagne incarnait le mal absolu. La proximité avec les SS, les menaces, augmentaient le rejet absolu de tout ce qui était allemand.
J’ai eu l’occasion en 1946, 47, 48 de retourner en Allemagne. La vision d’une Allemagne écrasée, exsangue, sinistrée compensait les traumatismes subis. Pas la moindre pitié pour le sort qui était le leur, jugeant que « c’était bien fait » pour ceux qui avaient soutenus un régime inique et destructeur. Les révélations des horreurs confortaient ce sentiment. Oublier ce passé était le maître mot. Un bémol, pourtant fut le spectre de la guerre froide. L’Allemagne et la France étaient en première ligne. Le plan Marshall reconstruisait l’Europe. Le réalisme de Gaulle et d’Adenauer concrétisait le bon sens. Il a ouvert la voie de l’amitié.
Ce qui me permit d’évoluer, ce furent les contacts avec des personnes concrètes. Ma sœur aînée, installée à Nevers, ayant des enfants en bas âge eu recours à des étudiantes au pair dont des Allemandes. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de prendre contact avec la jeune génération allemande plus ouverte, n’ayant connu la période nazie que par ouïe- dire. Ces jeunes filles restaient toute une année pour apprendre le français. C’était aux environs des années 60. 15 ans donc pour commencer à les voir autrement. La proximité frontalière a permis des excursions Outre-Rhin, des balades en Allemagne me font découvrir un autre pays, dynamique, reconstruit, tourné vers l’avenir, démocratique.
Les événements créateurs de l’Europe ouvrent une ère de reconnaissance. Elle aboutit à considérer l’ancien ennemi comme un frère. Un destin commun, des valeurs communes, ancestrales, appellent à l’union, à la considération, au respect. Je me sens chez moi quand je passe la « frontière ». J’y rencontre des personnes qui partagent un idéal commun basé sur la transmission de la mémoire, qui s’engagent résolument dans la construction d’une Europe humaniste.
Je déplore les lenteurs de la construction politique européenne et suis déçu par les égoïsmes nationaux qui empêchent la création d’une Europe Unie. Sa richesse culturelle, ses traditions, sa diversité, son expérience peuvent être encore une lumière pour les nations. Le témoignage de la tolérance, du respect de l’autre est indispensable à la croissance d’un monde de Paix et de Liberté. J’appelle de tous mes voeux sa réalisation, la puissance de son témoignage, l’engagement combatif contre ceux qui veulent rétablir la haine raciale.
Alors je dirais aux jeunes européens: « Vous êtes nés dans une région qui vit en Paix depuis des décennies, mesurez cette chance, engagez-vous dans cette œuvre de paix pour maintenir un statut, jamais totalement acquis. Que votre vigilance et votre combat s’exercent envers l’intolérance et l’exclusion d’où qu’elles viennent. Soyez des frères pour vos semblables».
Hubert FRANCE
Patriote Résistant à l'Occupation