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Hommage à Madame Simone Veil

     

Textes fondamentaux sur la Shoah et l'Europe.

Le CERD vous propose trois textes fondamentaux prononcés par Simone Veil lors d'un voyage à Budapest en 2002, à Amsterdam en 2006 et à l'ONU en 2007.

La Shoah :

"Pour nous notre obsession, notre souffrance, c’est la crainte que dans la transmission de ce qui fut, les mensonges, les omissions, l’Histoire « révisée », an nom de la « raison d’État », les amalgames ne travestissent ce que fut notre sort et celui des millions qui furent assassinés. De même la connaissance du passé ne doit pas empêcher d’être lucide et vigilant quant au présent. Au contraire l’Histoire est implacable : parce qu’elle inscrit pour le présent et  l’avenir ce qui fut le meilleur comme le pire ; elle impose l’événement. Elle joue pleinement son rôle lorsqu’elle permet d’en marquer à jamais la mémoire, celle des individus comme la mémoire collective d’un peuple voire de l’humanité.
Au moment où les témoins de la Shoah disparaissent, il revient plus que jamais à l’Histoire d’inscrire le témoin et son récit dans la globalité, la complexité comme la cohérence de l’événement. Ce faisant, à travers le difficile mais indispensable souci d’élucidation qui est le sien, l’Histoire permet de mettre en avant le caractère universel de la Shoah.
La singularité de la Shoah n’est pas une singularité que nous revendiquons comme s’il s’agissait de classer les souffrances : la Shoah est un « événement unique » en ce qui fut la mise en œuvre d’une politique, jusqu’ici jamais imaginée, par un pays développé qui, à travers l’organisation de toutes ses structures d’État, programma l’extermination d’un groupe d’hommes, au-delà de ses frontières, de la Norvège à la plus petite île grecque, de la Normandie jusqu’en Ukraine, au seul fait qu’ils étaient juifs, ravalés à des « sous-hommes » qui ne devait pas survivre.

Voyage à Budapest, 11 juin 2002.


[…] il faut que vous sachiez que pour les anciens déportés que nous sommes, il n’y a pas de jour où nous ne pensions à la Shoah. Plus encore que les coups, les chiens qui nous harcelaient, l’épuisement, l’épuisement, la faim, le froid et le sommeil, ce sont les humiliations de toutes sortes destinées à nous priver de toute dignité humaine qui, aujourd’hui encore, demeurent le pire de notre mémoire. Nous n’avions plus de nom, mais seulement un numéro tatoué sur le bras, servant à nous identifier, et nous portions des haillons pour vêtements, les tenues de bagnard étant un privilège. Mais ce qui nous hante, c’est le souvenir de ceux dont nous avons été brutalement séparés dès notre arrivée au camp et dont nous avons appris, dans les heures qui suivaient, qu’ils avaient été directement conduits à la chambre à gaz. Les anciens du camp qui avaient vécu dans les ghettos, notamment en Pologne, où ils avaient souvent vu mourir tous leurs proches, se sont chargés de nous renseigner. Le camp d’Auschwitz n’était pourtant pas la seule de ces destinations. De nombreux convois venant de toute l’Europe ont été dirigés vers Sobibor, Maïdaneck ou Treblinka."

ONU, 29 janvier 2007.

L'Europe :

"L’Europe s’est construite sur les ruines de la guerre. Avec le nazisme, nous le savons bien, c’est toute l’Europe qui avait sombré. L’idée même du rapprochement entre les Européens était fondée sur la conviction que nous ne nous relèverions qu’ensemble en prenant appui les uns sur les autres. Il n’y avait là ni naïveté, lénifiante, ni intention d’exonérer les États de leurs responsabilités. Ce n’est pas de pardon dont il s’agissait, mais d’une réconciliation lucide et courageuse, aussi utopique qu’elle était réaliste, d’autant plus nécessaire qu’elle ne savait surgir du plus profond désespoir. Il fallait briser l’engrenage : la réconciliation entre les peuples européens serait le pivot de la construction d’une Europe pacifiée. Il fallait faire un pari, et s’y tenir malgré les obstacles. Construire des ponts, tisser des liens, bâtir un cadre dans lequel les  passions de  haine seraient neutralisées. Prendre cela même qui nous séparait, cela même qui nous séparait, cela même qui nous avait éprouvés, prendre cette mémoire blessée comme fondation de notre entreprise commune. L’amitié viendrait plus tard. Tel était le pari, lucide et acharné, de la construction européenne que, comme d’autres, j’envisageais."

Remise du prix Annejte Fels-Kupferschmidt. Amsterdam, 26 janvier 2006.

Discours extraits de "Mes combats". Simone Veil. Editions Bayard. 2016.

Madame Neau-Dufour, directrice du Centre européen, a participé à l'hommage rendu à Simone Veil au Mémorial de la Shoah le 11 juillet.

 

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