Il y a 75 ans, le 8 mai 1945

Les anciens déportés du KL Natzweiler dans le chaos de la fin de guerre.

Une liberté si proche mais si lointaine


Le KL Natzweiler et ses camps annexes situés sur la rive gauche du Rhin sont évacués en septembre/octobre 1944. 11 000 déportés sont ainsi transférés en Allemagne, principalement vers Dachau. Des milliers d’entre eux sont à nouveau transférés vers les annexes du KL Natzweiler, dédiés à la production de guerre, situés sur la rive gauche du Rhin. Ils permettent au camp de toujours fonctionner malgré la disparition du camp principal
De nouveaux camps annexes sont même créés. Le dernier, en mars 1945, ouvre ses portes dans l’urgence, à Offenburg, pour déblayer les décombres de la ville bombardée.

 

Les marches de la mort

Devant l’avancée des troupes françaises et américaines, les camps annexes de la rive droite du Rhin sont évacués en mars/avril. Dans un chaos indescriptible, les déportés sont transférés vers d’autres camps au travers d’épouvantables marches de la mort. Près de 5 000 n’atteindront jamais leur destination. Beaucoup se retrouvent à nouveau à Dachau qui est à son tour partiellement évacué.
Puis vient, pour les survivants, le temps de la libération, elle aussi chaotique.
Convois d’évacuation interceptés par les Alliés, camps libérés : Vaihingen, Dachau …

 

Image : Un GI dans le bâtiment crématoire du KL Natzweiler. Décembre 1944.

 

 

 

La fin de la guerre en Europe ne marque pas la fin de la souffrance des anciens déportés

Nombreux sont ceux qui terriblement diminués, sont hospitalisés dans des hôpitaux allemands ou des hôpitaux militaires français ou américains. La mort continue de prélever son lot de victimes.
A Dachau, les déportés sont placés en quarantaine en raison d’une épidémie de typhus.

Un retour échelonné
Si pour certains déportés français des camps annexes du Neckar le retour en France s’effectue dès le mois d’avril, pour les autres, il faudra atteindre la fin mai ou le mois de juin pour enfin retourner au pays. Pour les derniers, en raison de leur état de santé, le retour est encore plus tardif.

 

 

 

Image : Déportés dans un des salons de l'hôtel Lutetia, Paris, Printemps 1945.

 

Un long voyage

Pour le retour en France, certains rentrent par leurs propres moyens, d’autres sont rapatriés via la Suisse, les ponts sur le Rhin étant détruits. Ils sont reçus dans des lieux d’accueil créés spécialement pour eux.
Le principal se trouve à l’hôtel Lutétia à Paris Il accueille un tiers des déportés rescapés.
Puis, enfin, c’est le retour, si longuement attendu, chez eux.
Vient alors le temps de la reconstruction et du difficile retour à la vie…

 

 

« Me voici rendu au point de départ »

Témoignage d’Albert Montal (1929-2017), résistant, déporté à Gaggenau, Augsbourg-Pfersee, Leonberg (camp annexe du KL Natzweiler), Kaufering (Bavière).

« C’est en wagon à bestiaux que j’arrive à Paris vers le 25 mai, étant né le 19 mai, je viens d’avoir 16 ans […]. A Paris, le train arrive en gare de l’Est ; nous descendons sur le quai ; […]. Je dois suivre le groupe qui nous mène à la gare d’Orsay, gare de regroupement des prisonniers de guerre. On me demande mon livret militaire ; étonnement, un gamin avec des soldats faits prisonniers en 1940. Deux scouts de France me prennent en charge et me conduisent à l’hôtel « Lutécia » centre d’accueil des déportés. Devant l’hôtel et dans le hall beaucoup de monde, les familles recherchant un des leurs. Je passe dans un bureau, on m’interroge, je reçois une carte de rapatriement et un peu d’argent ; on m’accompagne dans une magnifique chambre. Je suis tout de même dans un palace ! Je tâte le lit, trop moelleux pour moi, je prends les couvertures et je couche à terre ; j’étais dans un état second, ahuri, je m’endors et le matin, je n’ai qu’une hâte, c’est rentrer chez moi. Je quitte l’hôtel […] j’arrive à la gare de l’Est et je prends un train pour Nancy. Sortant de la gare un ami me reconnait […] Cet ami me conduit au centre d’accueil ; ma maman vient me chercher et me voici rendu au point de départ »

Photo : Portrait d'Albert Montal