Henry Simon, Compagnons de silence

La nouvelle exposition artistique présentée par le CERD porte sur l'artiste Henry Simon (1910 – 1987), emprisonné dans un Stalag en Prusse Orientale durant la Seconde Guerre mondiale. Du 21 septembre 2019 au 15 avril 2020 - entrée libre

L’expérience que relate Henry Simon au travers sa série « Compagnons de silence » dépasse la réalité factuelle qu’il dépeint. Son trait précis et doux, son usage subtil des couleurs donnent à voir une réalité brutale : celle de l’univers clos, des corps contraints, de l’expérience nouvelle et âpre de la privation de liberté. Surtout, dans les portraits qu’il dresse de ses camarades d’infortune ou de lui-même transparaît une profonde humanité qui confère à son œuvre une dimension universelle. Henry Simon accorde une attention extrême aux postures corporelles, aux regards, cherchant finalement à représenter l’âme des hommes.

L’artiste résumait lui-même le sens de sa démarche de cette façon : « la grandeur de l’homme ne consiste pas à subir. Elle réside surtout dans le fait de vouloir dominer les situations désespérées ; et ça, je dois dire, c’est quelque chose de merveilleux de pouvoir se retrouver soi-même, de se retrouver entier ».

 

Le Mont Sainte-Odile expose en parallèle le chemin de Croix réalisé par Henry Simon au Stalag IB ainsi que sa version définitive réalisée au retour de captivité.

 

 

  • Biographie d’Henry Simon

Photo : 1978 ; Henry Simon dans son atelier Notre Dame du Marais - Photo de Bernard Voisin. Avec l'aimable autorisation de la famille Simon.

1910 : Naissance en Vendée
Il présente dès son plus jeune âge de réels dons pour le dessin.

1930 : Admission à l'École des Beaux-Arts de Nantes, il reçoit le prix « Decré » attribué annuellement à un jeune artiste. 

1932 : Entrée à l'École des beaux-arts de Paris, il obtient le prix « Conté ».

1943 : Retour en Vendée. Il adhère au groupe de Peintres de Saint-Jean-de-Monts

1937 : Réalisation d'une fresque de 36 m2 pour le pavillon du Poitou à l’exposition internationale.

1939 : Mobilisation pour la guerre

1940 : Prisonnier à Dunkerque et transfert dans le Stalag I-B en Prusse orientale. Il continue à peindre et à dessiner selon ses possibilités.

1941 : Libération.

À son retour, il réalise un album : « Compagnons de Silence » regroupant 20 aquarelles de captivité issues des dessins (environ 500) qu'il avait réalisés pendant sa captivité, en collaboration avec son frère André. Ce n'est qu'à la disparition d’Henry Simon, qu'il sera publié en 1992.

Après la guerre, Henry Simon reprend le rythme de ses expositions, se marie et fonde une famille. Il réalise des travaux de décoration d'édifices publics. En 1968, il expose au salon des « Peintres témoins de leur temps ».

Henry Simon est promu chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 1976. Le prix Charles Milcendeau lui est décerné en 1978.

Entouré de l'affection de sa famille et de ses amis, Henry Simon meurt le 27 février 1987 à Saint-Hilaire-de-Riez.

 

  • Le Stalag I-B, camp de prisonniers de guerre

Le Stalag, abréviation de Stammlager, (camp de prisonniers de guerre pour les non officiers), I-B, lieu de détention de Henry Simon, a été créé par les nazis en 1939 pour y interner des prisonniers polonais, puis avec le développement du conflit, des soldats belges, français, serbes, soviétiques et italiens.
Il était situé à deux km de Hohenstein, en Prusse orientale, devenu Olsztyek en territoire polonais après-guerre.
L’effectif s’élevait à plus de 30 000 prisonniers dont la presque totalité était répartie dans des détachements de travail.

La plupart des prisonniers travaillaient dans des Kommandos agricoles. Les autres dans l’industrie et les administrations de la ville.
On estime que plus de 650 000 prisonniers transitèrent par ce camp.
Le Stalag I-B a été évacué début 1945 devant l’avancée de l’Armée rouge.

Henry Simon a raconté : « Il est certain qu’au début tout le monde était parqué comme des bestiaux et puis, progressivement, il s’est fait un tri. Les gens de la ferme sont allés dans les fermes, les artistes sont restés dans le camp et puis les allemands ont vu qu’il y avait peut-être un moyen pour eux de faire une propagande intéressante en leur permettant de s’exprimer. Si bien qu’ils avaient, un peu dans tous les camps je crois, édifié une baraque particulière pour les artistes en leur donnant du matériel pour travailler…. ».